« 13 avril 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16342, f. 33-34], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9207, page consultée le 01 mai 2026.
13 avril [1840], lundi matin, 11 h. ¾
Bonjour mon cher petit bien-aimé, bonjour mon adoré, il y a déjà une heure que
je t’aurais dit mon bonjour si j’avais eu du papier, n’en ayant pas j’ai
commencé par ta tisanea, me
débarbouillerb et
compter mon linge.
Mon cher petit apprivoiseur
je vous aime, j’aurais voulu être votre crapouillet
et votre colombe, je ne me serais pas souvent envolée de ma cage ; mais je ne
suis et n’aurais jamais été que votre pauvre chien fidèle qui vous aime et que
vous rebutez toujours. Je ne sais pas pourquoi vous n’avez pas voulu que je
copie vos vers si suaves et si frais qu’on est tenté de les sentir comme des roses. Vous n’en serez
pas moins obligé de me les donner. Vous savez que tout ce qui se fait dans mon
DOMAINE M’APPARTIENT. Il fait un temps éblouissant aujourd’hui, si tu veux me
mener à l’imprimerie ou chemin faisant et pendant que tu travailles j’irai à
côté de toi, je ne te dérangerai pas et je serai bien heureuse. Veux-tu, dis ?
Peux-tu surtout car je ne veux pas t’obséder en rien. Je baise tes chers petits
pieds et je me cloue sur ta bouche pour n’en plus sortir jamais. Je vais me
mettre à travailler tout à l’heure après mon déjeuner. Je ne m’applique autant
à ma chemise que pour apprendre à faire les tiennes, je serais bien fière et
bien heureuse si je pouvais réussir à faire les chemises qui approchent ton
beau petit corps adoré. En attendant je t’aime, je pense à toi, je t’écris, je
te désire et je t’espère.
Juliette
a « tisanne ».
b « débarbouillée ».
« 13 avril 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16342, f. 35-36], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9207, page consultée le 01 mai 2026.
13 avril [1840], lundi soir, 6 h. ¾
Je t’aime, mon bon Toto, et rien n’est plus sincère, plus fidèle, plus dévoué et plus passionné que l’amour que j’ai pour toi. Crois-le bien car c’est la vraie, vraie vérité. J’ai vu le Manière le tantôt. Il devient très pressant car les demandes, dit-il, se succèdent avec un empressement alarmanta à cause de la publicité que les journaux donnent à la révocation de l’homme qui tenait cette place que Manière sollicite. Il te supplieb de lui donner un bout de lettre pour le préfet de police pour obtenir une audience dudit préfet demain à midi, il viendra prendre ta recommandation à 11 h. du matin et si tu ne peux pas la lui donner pour cette heure-là il reviendra dans la journée. Il paraît tenir beaucoup à la place qui rapporte mille écus. Il dit que tu peux citer M. [Jénisson ?], Mme Laborde belle-mère du préfet et même le procureur du Roi qui lui veut du bien, dit-il toujours, enfin il t’aura une reconnaissance éternelle si tu daignes le protéger en cette occasion. Et puis moi je t’aime et je regrette mon papier, mon encre et mon temps perdus à te dire des choses qui ne m’intéressentc pas le moins du monde. J’ai bien d’autre chien à fouetter ma foi. J’ai d’abord avant tout et après tout que je t’aime de toutes mes forces et de toute mon âme et que je donnerais la moitié de ma vie et même ma vie toutd entière pour que tu fussese bien convaincu de cette sainte vérité. Tu as bien fait de revenir mon amour, j’étais bien triste de t’avoir quitté méchante.
Juliette
a « allarmant ».
b « suplie ».
c « m’interressent ».
d « toute ».
e « fusse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
