« 8 juin 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16342, f. 199-200], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9055, page consultée le 01 mai 2026.
8 juin [1840], lundi après-midi, 5 h.
Je vous écris bien tard, mon adoré, parce que c’est aujourd’hui jour de
blanchisseur et jour de péronnelles. J’ai écrit, le
linge d’une part et écouter les sornettes de mes petites commères de l’autre,
plus votre tisanea et ma
personne à peigner et à débarbouiller. J’ai eu aussi la penaillon à qui j’avais demandé du
jaconasb et qui m’en a
apporté 2 pièces avantageuses, comme elle dit dans
son langage de marchande. Je les lui ai prises et je lui ai dit que je les lui
paierais le 15 de ce mois. Maintenant je prierai la
Pierceautte1 de me les tailler et puis je les ferai faire
tout de suite car mes chemises peignoirsc sont tout à fait hors de service et qu’il faut
encore un peu de temps pour les faire. J’ai fait pour le mieux, et avec ton
approbation, car je t’en avais prévenu. Je vous aime mon petit Toto. Vous
seriez bien gentil de venir dîner avec nous, j’espère que la Pierceautte ne
viendra pas car elle m’avait dit qu’elle viendrait de bonne heure et puis je
pense qu’elle se sera fait inviter hier en s’en allant à dîner chez Mme Triger.
C’est plus près que chez moi et j’aime mieux ça. Claire travaille et moi je t’écris, c’est très gentil. Si tu
pouvais nous faire marcher un peu ce soir ce serait charmant mais je n’ose pas
y compter. Tâche de venir très tôt, cependant, car j’ai bien besoin de te voir
et de te baiser sur toutes les coutures. Il fait un temps ravissant et je n’en
profite pas ce qui est hideux. À quoi donc serventd la campagne pour ta famille2 et la liberté pour toi si nous n’en profitons
pas un peu pour respirer ? Vous êtes une vieille bête et je le dirai à mes
petites femelles qui vous ZURONT3. Baisez-moi alors, vous êtes
mon grand Toto que j’aime et que j’adore mais qui ne me fait pas sortir du
tout.
Pensez à mon petit chapeau chinois et apportez-le-moi tout de
suite. Je vous aime mon cher, cher petit homme. Vous avez rendu ma Claire la plus heureuse des filles en l’accablant de
vos dons, moi je continue à mettre à la disposition de Dédé et de Didi4 les deux boites. Je mets en outre tous mes baisers, tout mon amour et
toute mon âme sur votre chère petite carcasse adorée.
Juliette
1 Déformation du nom de Mme Pierceau.
2 La famille Hugo s’est installée au château de la Terrasse à Saint-Prix pour l’été.
3 Juliette créé une liaison et l’accentue : « qui vous hueront ».
4 Surnoms respectifs de Léopoldine et Adèle, filles de Victor Hugo.
a « tisanne ».
b « jaconnas ».
c « peignoires ».
d « sert ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
