13 août 1839

« 13 août 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16339, f. 223-224], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10215, page consultée le 05 mai 2026.

XML

Quel bonheur mon petit homme, quel bonheur. J’entendrai ton premier acte ce soir1. Je suis si bête que je n’ose pas dire tout le plaisir que ça me fait. J’aime mieux t’admirer en dedans que d’être ridicule en voulant parler un IDIOME que je ne connais pas, et qui me ferait prendre un BŒUF pour un VEUF et un VEAU pour un BEAU. Je t’aime, voilà la seule langue que parle mon cœur. Quanta à mon esprit, il est sourd et muet de naissance, ce qui ne l’empêche pas de sentir les belles choses et d’admirer son Toto. Je vais écrire tout à l’heure à Mme Krafft et à Jourdain. Je ne veux pas perdre une minute pour nos préparatifs, car aussitôt ta pièce finie nous partons, du moins je l’espère ainsi.
Dites donc mon petit homme, j’ai joliment bien fait de prendre le bonheur au passage cette nuit ? Un bon TIENSb vaut mieux que DEUX TU AURAS. C’est joliment bien vrai dans cette occasion-ci. Baisez-moi vieux vilain et aimez-moi. J’ai bien du courage et beaucoup de résignation et je vous aime de toute mon âme. Trois choses dont une seule suffirait pour inspirer de l’amour à un homme ordinaire. Je vous dis que je vous aime. J’ai mal à la tête, je suis stupide mais je vous aime. Vous seriez bien gentil de venir dans la journée me voir, ça me donnerait un peu de bonheur, ce qui ne nuirait pas à mes affaires.

Juliette


Notes

1 Hugo écrit Les Jumeaux, qu’il ne terminera pas.

Notes manuscriptologiques

a « Quand ».

b « TIEN ».


« 13 août 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16339, f. 225-226], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10215, page consultée le 05 mai 2026.

XML

C’est ce soir mon petit homme, c’est ce soir que j’entends tes admirables vers. Je suis dans un ravissement qui ne peut s’accroître qu’en te voyant et qu’en t’entendanta. Je ne pèse pas une once depuis cette nuit : l’espoir d’entendre mon cher GRAND premier acte m’a rendue comme une plume. Pour un rien je danserais de joie. Jour mon petit o. Jour mon beau To. Ce soir je vous baiserai bien. J’ai envoyé chez Jourdain les 30 francs dont j’ai le reçu. Nous voilà débarrassés de lui jusqu’à notre retour lorsque nous ferons arranger la chambre. Oh ! que je suis contente. Baise-moi qu’on vous dit, baise-moi, baise-moi. Je vous ai à peine entrevu. Eh bien je suis joyeuse comme si j’avais passé la journée tout entière avec vous. L’espoir du bonheur de ce soir suffit pour me faire cette illusion. Ainsi juge du reste. Quel bonheur ! quel bonheur ! Par exemple, si les petites Besancenot sont là quand tu viendras je les renvoieb impitoyablement. Tant pis pour elles mais je ne retarderai pas d’une seule minute mon bonheur, fût-cec pour le diable ou Louis-Philippe. Je vous aime mon Toto. Vous ne savez pas combien je vous aime. C’est plus que vous ne pouvez imaginer ni souhaiter.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « t’endant ».

b « renvoye ».

c « fusse ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.

  • 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
  • ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
  • 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
  • Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.