19 janvier 1839

« 19 janvier 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 71-72], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3160, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon cher petit trop bien-aimé, bonjour, comment vas-tu ? Je ne peux pas m’empêcher d’être triste ce matin en voyant que tu n’es pas venu et en pensant que c’est peut-être à cause de l’ennui et de la fatigue que tu éprouves chez moi quand je te témoigne que je t’aime trop. Je sais bien que nous avons eu un éclair de bonheur cette nuit pendant notre ORAGE, mais cela ne suffit pas pour me rassurer sur l’état de ton cœur, que je crois très fatiguéa et très ennuyéb des obsessions et des exigencesc d’une vieille femme qui t’aime au bout de six ans de passion comme le premier jour. Tu aurais dû revenir, mon adoré, je sens que cela m’aurait donné un courage et une confiance illimitésd pour supporter ton absence et pour croire en ton amour. C’est bien malheureux pour moi que tu n’aies pas eu la conscience de cette nécessité.
Bonjour, mon cher petit homme bien-aimé, je tâcherai de me contenir quand je te verrai et d’avoir au moins le visage gaie à défaut du cœur. Je vais écrire à Mme Krafft un petit mot dans le cas où elle compterait sur ces billets de bal pour demain, pour lui dire que tu n’es pas dans une position à rien demander à ce théâtre. Et puis je t’aime, mon amour, et puis je t’adore, mon Roto. Baise-moi et pardonne-moi, si tu peux, de t’aimer trop.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « fatiguée ».

b « ennuié ».

c « exigeances ».

d « illimité ».

e « gaie ».


« 19 janvier 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 73-74], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3160, page consultée le 01 mai 2026.

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La journée me paraît bien longue et bien triste, mon adoré, et le temps semble se conformer à mon impatience et à mes noires idées car il est nuit quoiqu’il ne soit encore que 3 h. ½ de l’après-midi. Je sais que tu travailles, mon Toto, je ne t’en veux pas, mais laisse-moi être triste à mon aise. J’ai écrit à Mme  Krafft tantôt pour qu’elle ne compte pas sur des billets de bal demain ni après. Je lui ai dit ce qui est vrai, que tu n’es pas au mieux avec ces messieurs et que tu ne peux pas sortir de ta gravité et de ton sérieux pour demander des billets de bal. Il faudra que j’écrive aussi à la mère Lanvin qu’elle me cherche une bonne car la nôtre grille d’impatience d’être partie et mariée. Moi, je rage et je me tourmente à l’avance car comme tu le dis très bien, nous voilà retombés dans l’inconnu. Nous n’avons pas besoin de cela dans ce moment-ci, mais enfin il faut vouloir ce qu’on ne peut empêcher. Soirpa. Je serai bien douce et bien résignée quand tu viendras, tu verras. En attendant et pendant que je suis seule, je vais me dépêcher d’être triste et impatiente tout mon soûla. Je t’adore.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « sou ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.

  • 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
  • ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
  • 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
  • Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.