« 8 janvier 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 27-28], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3149, page consultée le 02 mai 2026.
8 janvier [1839], mardi soir, 9 h. ½
Je sors de ma crise, mon bijou, pour t’écrire un mot d’amour. Ce n’est pas quand je
souffre comme une damnée et que tu es méchant comme un diable que j’ai la force et
le
bon caractère de le faire. Je suis fort triste, mon Toto, en même temps que je suis
très souffrante, car tu as ôté de ma vie tout ce qui en était le plaisir, le bonheur
et le courage. Au reste, je m’y attendais depuis longtemps ; il n’est pas dans l’ordre
qu’on vienne chez une femme malingre et souffrante autrement que pour cinq minutes,
parce que les plaintes et les conseils de circonstance ne prennent guère plus de
temps. C’est plus expéditif et cela donne à l’amant, trop aimé, un vernis de bon cœur
et de charité chrétienne qui ne me touche ni ne m’abuse. Enfin, tout finita dans ce monde et moi-même je vis dans
l’espoir que j’en suis à mon dernier acte et je n’en suis pas fâchée.
Mme Krafft n’est
pas venue, n’écritb pas : enfin, je
ne sais que penser. Justement, il faut que Mlle François se trouve tricotée à cette affaire-là d’une
manière désagréable à cause de l’incident du manchon. Enfin voilà la vie : d’un côté
tous les ennuis et toutes les contrariétés du monde, de l’autre l’absence de tout
plaisir et de tout bonheur.
Juliette
a « fini ».
b « n’écris ».
« 8 janvier 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 29-30], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3149, page consultée le 02 mai 2026.
8 janvier [1839], 9 h. ¾, mardi soir
Je t’écris une seconde lettre, mon adoré, pour réparer, s’il se peut, la qualité par
la quantité. Je suis bête et méchante ce soir un peu plus que de coutume, et il est
probable que j’en laisse tomber ou [muer ?] beaucoup plus qu’il ne
faudrait, de cette méchanceté et de cette stupidité sous ma plume. Je te demande
indulgence et pardon pour ce surcroît d’infirmité physiquea et moraleb.
Je vais écrire une lettre à Mme Krafft qu’avec
ta permission Suzette portera demain matin
afin de prendre l’argent, si par hasard elle était allée le toucher au théâtre.
Mon Toto chéri, je vous aime, vous êtes mon bien-aimé. Je suis d’autant plus gentille
de vous le dire que je suis un peu fâchée contre vous ce soir et que je me crois tous
les droits de vous haïr et de vous en vouloir. J’espère pourtant que cet état violent
ne durera pas et que nous reprendrons nos bonnes et gastronomiques habitudes et pour
commencer à me dérouiller et à remonter sur ma bête je vais tout à l’heure manger
une
énorme assiettée de soupe. En attendant, je voudrais vous croquer et vous baiser comme
un bonbon petit homme que vous êtes.
Juliette
a « phisique ».
b « moral ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
