5 octobre 1838

« 5 octobre 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16336, f. 15-16], transcr. Élise Capéran, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3401, page consultée le 03 mai 2026.

XML

Vous m’avez quittée trop tôt ce matin, mon petit homme adoré, c’est très féroce et très vilain de votre part, surtout si vous n’avez pas une répétition impérieuse ce matin. Me voilà déjà seule ! Et pour toute la journée probablement ? Enfin je vais tenter d’avoir du courage et de la résignation, j’en viendrai peut-être à bout en ne pensant qu’à vous et à notre bonne petite nuit d’hier. Du moins si mon cher petit Dieu n’est pas avec moi je serai dans son ciel, ce qui vaut mieux que d’être seule rue Saint-Anastase, numéro 141.
Je vais écrire à Mlle Hureau et à Mme Lanvin après quoi je m’enfoncerai de nouveau dans mes chiffons jusqu’à ce que je vous revoie. Tâchez, mon amour, que ce soit avant minuit. Jour mon petit o. Jour mon gros To, papa est bien i.
Je vous aime c’est bien vrai, je vous aime c’est bien doux, je vous aime c’est bien fort, je vous adore c’est toute ma vie dans un souffle, dans un baiser et dans un mot.
Je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime.

Juliette


Notes

1 C’est l’adresse de Juliette Drouet.


« 5 octobre 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16336, f. 17-18], transcr. Élise Capéran, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3401, page consultée le 03 mai 2026.

XML

J’ai voulu finir mes penaillons, cher enfant, avant de t’écrire, c’est seulement à présent que je viens de les serrer dans mon armoire. Depuis tantôt je ne me suis pas assise une demi heure. J’ai bien mal à la tête et aux reins. Je crois que j’ai fait au dessus de mes forces. Heureusement que j’ai encore mon papier à ranger demain, ce qui ne me prendra guère plus de temps ni ne me donnera moins de fatigue. C’est une consolation. Pauvre bien-aimé, je ne te vois presque pas, tu as tant à faire que je n’ai pas le temps de m’approvisionner de ton sourire et de ton regard. Aussi je suis triste la plupart du temps. Je vais cependant aller à une de tes répétitions, je veux voir ce qui se passe et comment tous ces affreux goistapioux se démènent dans votre admirable poésie. Aussitôt que j’aurai mis mes affaires à jour je me donnerai ce petit bonheur là.
En attendant je rognonne dans mon coin, je suis horriblement fatiguée et je vous adore, tâchez de venir tout de suite me baiser sur toutes mes [lassitudes ?] [latitudes ?]a.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a Le sens invite à lire « latitudes », mais la graphie invite à lire « lassitudes ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.

  • Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
  • MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
  • 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
  • MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
  • 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
  • 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
  • 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.