13 avril 1838

« 13 avril 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 42-43], transcr. Mathieu Chadebec, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1184, page consultée le 01 mai 2026.

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Je t’écris levée, mon adoré, en compagnie d’un fumiste et d’un ramoneur gros comme le poing. Le portier avait prévenu la bonne hier au soir. J’ai été interrompue ici par le raccommodeura de la cuisinière. Je l’ai joliment rabroué comme tu penses. Je vous aime, mon Toto, je vous adore, mon petit homme, jamais vous ne le saurez autant que cela et vous aviez bien promis de prendre l’habitude de venir tous les jours déjeuner avec moi et voilà que vous manquez à ce beau projet dès le premier jour, c’est très mal à vous et je vous en veux beaucoup. Je continue de tousser comme une vieille pulmonique, il me faudrait un peu de ce jus de réglisse de Tartuffe ou mieux encore du vôtre, ce qui est la même chose attendu que tous les jus du monde qui ne viendraient pas de vous ne feraientb rien à mon rhume1. Je vais écrire à Mme Kraft et puis je déjeunerai et puis je vous aimerai et puis je vous attendrai et puis je vous adorerai. D’ici à ce que je vous voie je baise vos chères petites mains et votre cavité buccalec de toutes mes forces.

Juliette


Notes

1 Dans le Tartuffe de Molière, à Tartuffe qui demande à Elmire « Vous plaît-il un morceau de ce jus de réglisse ? » celle-ci répond : « C’est un rhume obstiné, sans doute ; et je vois bien / Que tous les jus du monde ici ne feront rien » (Acte IV, scène 5).

Notes manuscriptologiques

a « racommodeur ».

b « ferait ».

c « bucale ».


« 13 avril 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 44-45], transcr. Mathieu Chadebec, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1184, page consultée le 01 mai 2026.

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C’est bien gentil à toi, mon adoré, d’être venu me voir ce soir, tu devrais toujours faire comme cela, ce serait bien bon et bien i. Nos poissons pour être arrivés tard n’en sont pas moins arrivés, et de plus ils étaient très bons et très frais. Je vous aurais voulu là pour vous en faire manger de force. Cher bien-aimé, je ne peux pas me lasser de te dire que je t’aime car c’est bien vrai et du fond du cœur. Pauvre adoré, je suis bien fidèle, va, tu n’as rien à craindre de moi, mon Toto. Je te suis aussi fidèle et je t’aime autant que tu es beau, bon et grand. Cette pauvre Mme Pierceau est bien malheureuse et bien triste, je la console le plus que je peux en lui parlant de toi et en lui disant combien je t’aime, ce qu’elle comprend parfaitement. Jour Toto, soirpa, soir man. Je vous attends très tôt et je vous baise de tout mon cœur et de toute mon âme, dépêchez-vous très tôt. Jour Toto, soir pa, soir man. Je t’adore.

Juliette

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.

  • Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
  • MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
  • 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
  • MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
  • 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
  • 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
  • 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.