9 mars 1837

« 9 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 255-256], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11377, page consultée le 01 mai 2026.

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Jour mon petit homme, jour mon petit travailleur. Je t’aime mon chéri bien aimé. Tu n’as donc pas pu venir encore, je ne t’en veux pas.
J’ai passé une assez bonne nuit, j’espère enfin que je vais aller mieux, ce qui ne serait pas dommage après tout de temps. J’ai reçu une lettre que je suppose de François, cependant je n’en suis pas sûre.
Je t’aime mon Victor bien aimé. Depuis plus de quatre ans que je te le dis, et que je te le prouve, tu n’es pas encore fatigué ni blasé sur les démonstrations toutes bien sincères que je ne peux pas m’empêcher de te montrer, n’est-ce pas mon Victor adoré ? Quand je songe au nombrea de fois que tu as lu et entendu ces expressions de tendresse et d’amour, je crois que j’en abuse et je voudrais me modérer. Mais quand je consulte les besoins de mon âme, je trouve que c’est bien peu, car quand bien même je t’écrirais de matin au soir je t’aime mon Toto et que j’aurais l’insigne bonheur de t’avoir toujours avec moi, je trouverais que ce n’est pas encore assez. C’est que je t’aime à l’infini, je t’aime par dessus toute chose, enfin je t’aime dans toute l’acception de ce mot si doux : je t’aime de tous les amours à la fois.
Quand te verrais-je, mon amour ? Il fait bien beau aujourd’hui, cependant nous ne pourrons pas sortir, car j’attends Mme Pierceau, tu le sais. Il faudra même que tu me donnes une loge et la promesse de venir m’y rejoindre le plutôt possible, car sans cela je crois que malgré tout mon dévouement à cette pauvre femme, je n’aurai pas le courage d’y aller. Jour mon petit oto. Jour mon cher petit homme. Je t’adore.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « aux nombres ».


« 9 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 257-258], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11377, page consultée le 01 mai 2026.

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C’est bien vrai, mon cher adoré, que nous avons fait une délicieuse promenade ensemble. Elle aurait été encore plus charmante et surtout plus complètea si nous avions pu passer toute la soirée sans nous quitter, mais enfin il faut se contenter de peu et vouloir ce qu’on ne peut empêcher.
Je suis encore toute bouleversée de la visite inattendueb de cette femme1. J’y pense sans cesse. Cet enfant me tourmente et quels quec soient les torts de la mère et de la fille à mon égard, je te prierai, par rapport au pauvre petit enfant, de faire tout ce que tu pourras pour leur rendre service. Bien entendu qu’elle ne viendra plus chez moi et qu’elle restera vis-à-vis de moi dans le plus strictd éloignement.
Je crois mon pauvre ange qu’alors nous ferons tous les deux une bonne action. Tu es si bon et si généreux, toi, qu’il n’y a pas besoin de te prier deux fois pour obtenir plus qu’une grâce.
Quel bonheur et quel orgueil pour moi de t’aimer, quand je te compare à tous les autres hommes. Hélas ? c’est bien vrai mon cher adoré, qu’il n’y a qu’un seul homme comparable à toi, et c’est homme c’est Dieu. Je sens avec le cœur et l’âme tout ce que tu fais pour moi. Je voudrais être à même de te le prouver en donnant ma vie pour toi. Ce serait un beau jour pour moi. Malheureusement ces occasions là sont plus rares que les cœurs qui en sont capables. Aussi je me borne à t’aimer, à t’honorer, à t’admirer et puis à t’aimer encore, mon bon, mon cher, mon adoré petit homme.
Jour donnez moi le beau pot, je vous donnerai les deux lions et moi par dessus le marché.

Juliette


Notes

1 Sa cousine Eugénie Drouet avait un enfant que son père le peintre Jules Ziegler ne reconnut pas.

Notes manuscriptologiques

a « complette ».

b « innatendue ».

c « quelque ».

d « stricte ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.

  • 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
  • 26 juinLes Voix intérieures.
  • 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
  • 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.