« 16 février 1877 » [source : BnF, Mss, NAF 16398, f. 48], transcr. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1907, page consultée le 07 août 2026.
Paris, 16 février 1877, vendredi soir, 4 h.
Cher adoré, je verse tout mon cœur dans le tien pendant que tu écris dans mon cher
livre rouge1 afin d’ajouter tout l’amour que j’ai en plus dans le tien, sûre d’avance que plus
je t’en donnerai et plus il m’en restera. Tu sais que j’ai conservé la douce mauvaise
habitude de te rendre deux grandes lettres pour une petite chaque fois que tu as la
bonté de m’écrire. C’est encore ce que je fais aujourd’hui avec tout l’entrain d’autrefois.
Je suis si
heureuse que, ne pouvant pas savourer égoïstement mon bonheur seule à seule avec toi,
je voudrais y convier toute la terre. C’est pourquoi j’avais fait demander aux dames
Lesclide2 de se joindre à leur chef de famille ce soir, non pour leur faire
part du véritable motif de mon invitation, mais pour les y faire participer inconsciemment.
J’insisterai poliment auprès du bon Lesclide dans le cas où sa belle-sœur se trouvant
mieux ce
soir se raviserait.
Je n’ai pas pu te dire depuis hier combien la pauvre mère Lanvin avait été honorée, fière et attendrie des généreuses
offres dont tu m’avais chargée pour elle et pour son mari3.
Elle m’a priée de t’en remercier avec la plus respectueuse reconnaissance. Malheureusement
sa santé et celle de son mari ne lui permet pas d’espérer qu’ils puissent jamais en
profiter.
C’est aussi ce que je crains pour eux à moins que Dieu ne le veuille Deo volente. On me dit que Lesclide vient d’arriver et je me hâte de finir ma chère petite
restitus (première) pour savoir si nous pouvons collationner tout de suite. Justement le temps
presse et je ne veux pas te faire perdre une minute,
si ce n’est celle que je passe à te dire ceci : Je t’adore.
7 h. du soir.
J’avais compté que Lesclide finirait plus tôt. Mais hélas ! il n’en est rien, ce qui me force à remettre ma seconde restitus à demain. Mais, en attendant, je te bénis dans le passé, dans le présent et dans l’avenir.
1 Voir dans la lettre du lendemain, note 1, ce que Hugo lui écrit.
2 Richard Lesclide venait souvent dîner avec sa femme et sa belle-sœur.
3 Carnet, la veille : « Mme Lanvin. Je lui fais dire par JJ que je persiste dans l’offre que je lui ai faite de la loger pour le reste de ses jours à Hauteville-House, elle et son mari, et que je leur donnerai 1 200 F. par an. Maria, la servante, sera à leur disposition et les servira. » (CFL, t. XVI-XVII, p. 879)
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
la France connaît une grave crise constitutionnelle, et la belle-fille de Hugo, mère de ses petits-enfants, se remarie.
- 26 févrierNouvelle Série de la Légende des Siècles.
- 3 avrilAlice, veuve de Charles Hugo, épouse le journaliste Édouard Lockroy.
- 14 maiL’Art d’être grand-père.
- 27 juinVisite à Saint-Mandé, sur la tombe de Claire pour elle, à sa fille en maison de santé pour lui.
- 1er octobreHistoire d’un crime (tome I).
