« 25 octobre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 309-310], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7544, page consultée le 26 janvier 2026.
25 octobre [1837], mercredi matin, 9 h. ½
Bonjour mon cher petit bien-aimé. Quand je vous dis que vous êtes très gentil, je
ne
me trompe pas j’espère, surtout si vous venez déjeuner avec moi ce matin comme vous
me
l’avez promis tout à l’heure. Je sens déjà mon mal de tête se dissiper à cette seule
pensée. Il ne tient qu’à vous qu’il n’en soit plus question dans une heure d’ici.
Je
t’aime mon Victor bien aimé, je t’aime plus que tu ne peux le savoir en supposant
que
tu supposes l’infini. Moi seule je comprends comment je t’aime. Je t’aime, je t’aime.
J’en reviens encore, non pas à mes moutons, mais à notre chère petite vallée et
nos bois si charmants. Je voudrais y faire une excursion. Vos beaux vers ont encore
développé ce besoin davantage1. Et je
serais bien heureuse de faire avec vous un nouvel état des lieux. Je suis sûre que
je
retrouverais plus que toi les endroits où nous avons été si heureux. Aujourd’hui
aurait été un bien beau jour pour cette expédition. Le soleil est beau et chaud. Quel
dommage que vous ne soyez pas disposé. Je vous assure pourtant que nous aurions très
bien fait dans le paysage.
Vous êtes une bête. Pouh ! Pouh !
J’ai
interrompu cet endroit de ma lettre pour acheter du raisin fort beau et à votre
intention car je me confirme de plus en plus dans l’espoir que vous allez venir
déjeuner avec moi. Vous pourrez d’ailleurs en emportera à vos petits loups puisqu’il est très bon. Jourpa. Il me semble que vous ne m’avez pas beaucoup
embrassée ce matin, parce que j’étais trop laide. Mais ça ne devrait pas être une
raison pour vous et je vous en veux de n’avoir pas passé par-dessus ma laideur pour
m’embrasser de toutes vos forces. Si c’était moi, votre beauté éblouissante ne
m’arrêterait pas et je vous caresserais depuis le haut jusqu’en bas sans le moindre
scrupule. Voilà la différence. Osez dire après cela que c’est vous qui m’aimez le
plus !
Ça ne m’empêche pas de vous pardonner et de vous aimer de toute mon
âme.
Juliette
1 Juliette a pu lire la veille le poème « Tristesse d’Olympio » que Victor Hugo a composé lors de son passage aux Roches, endroit chargé de souvenirs et où Juliette rêve de retourner.
a « emporté ».
« 25 octobre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 311-312], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7544, page consultée le 26 janvier 2026.
25 octobre [1837], mercredi après-midi, 3 h.
Vous êtes bien absurde, mon petit homme, de me faire habiller pour rien. Il vaudrait
mieux avoir le courage de me refuser que de me faire faire du mauvais sang à vous
attendre inutilement. Pour un rien je me déshabillerais et j’enverrais tout au diable.
Il est vrai que vous avez sans doute quelque chien coiffé1 à entretenir ce qui peut
jusqu’à un certain point vous rendre excusable. Quoi qu’il en soit je rage beaucoup
et
je m’en veux encore plus de m’être de nouveau laissé prendre à des promesses que vous
n’avez jamais l’intention de tenir.
Vous aviez cependant bien commencé la
journée ce matin. Peut-être la finirez-vous mieux encore, car il faut toujours espérer
à défaut d’autre chose. Ça tient lieu du bonheur qu’on n’a pasa. Je suis vraiment en colère plus
encore contre moi que contre vous. J’aurais dû penser que je ne devais pas compter
sur
vous et agir en conséquence, c’est-à-dire rester dans ma robe de chambre et dans mon
coin à travailler. Une autre fois vous serez bien fin si vous m’attrapez encore. En
attendant je vous aime comme de juste et de raison. Moins vous êtes aimable et plus
vous êtes aimé. C’est une prime que je vous accorde.
Juliette
1 Un « chien coiffé » : premier venu, n’importe qui.
a « qu’on a pas ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
