« 8 octobre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 18-19], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10073, page consultée le 27 janvier 2026.
8 octobre [1836], samedi après-midi, 1 h. ¼
Mon cher petit bijou d’homme, je sais à n’en pouvoir douter que vous êtes à l’OPÉRA
dans ce moment-ci, comme je crois être presque sûre que vous serez à Fourqueux ce
soir1. Ce n’est
pas le côté gaia de ma divination, au
moins, et j’aimerais mieux me tromper plus souvent à cet endroit là, parce que tout
le
temps que durerait mon erreur je serais tranquille tandis qu’autrement je suis dans
l’enfer. Je vous aime mon Toto chéri, je vous aime de toute mon âme. Il serait bien
mieux que je ne vous aimasse pas ainsi, mais je ne peux pas m’empêcher. C’est un
malheur.
Il fait un temps effroyable, [ce ?] [et ?] qui serait un
motif suffisant pour nous empêcher de battre lacampagne aujourd’hui. Que s’il faut absolument que vous
battiez quelque chose j’aime mieux que ce soit moi et que vous restez à Paris.
Juliette
1 Fourqueux est une villégiature où Victor Hugo séjourne du 1er mai à fin octobre 1836, située près de Saint-Germain-en-Laye, à l’entrée de la forêt de Marly. Il habitait une belle demeure entourée d’un parc.
a « gaie ».
« 8 octobre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 20-21], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10073, page consultée le 27 janvier 2026.
8 octobre [1836], samedi soir, 7 h 20 m.
Je suis bien heureuse mon cher adoré, que vous soyez resté à Paris quoique ce ne soit pas à mon intention. Je n’en profiterai pas moins, je vous le jure. Et je prendrai du bonheur comme une GOULUE que je suis. Je viens d’envoyer quérir l’admirable cervelas. Je ne vous promets pas par exemple le talent de M. le curé pour le faire voir dans tout son éclat (le cervelas) entre parenthèses et pour que vous ne vous moquiez point de ma rédaction comme vous l’avez fait si irrévérencieusement tout à l’heure. Je t’aime toi, je vous défends de recevoir des vers d’une agonisante qui déjà a l’esprit mort, cela ne flaire pas assez bon la fidélité et vous pourriez bien recevoir beaucoup de coups, je vous en préviens. Fermez donc votre porte et surtout vos oreilles à tous les amours du père La Chaise qui viendront plus ou moins mourir mystérieusement OU CRAIGNEZ MA COLÈRE. En attendant je vous suppose fidèle, honnête et innocent et je vous embrasse sur les deux petits machins que vous avez le front d’appeler vos pieds et que moi, je nomme deux bijoux à mettre à sa [montre ?].
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
