« 12 septembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 312-313], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8922, page consultée le 24 janvier 2026.
12 septembre [1836], lundi après-midi, 4 h.
Depuis que vous êtes parti, mon cher petit homme, je n’ai pas fait autre chose que
de
nettoyera les divers petits
flambeaux de ma maison ainsi que ma petite veilleuse. Je ne suis ni débarbouillée
ni
habillée. Ça vous est égal je penseb puisque vous ne m’aimez plus et que vous n’êtes même pas à Paris, ce
que je crois. Je me suis cependant précautionnée d’un poulet dans le cas où par
impossible vous ne seriez point parti à Fourqueux. Je crains bien d’en être pour mes
frais d’approvisionnement.
On est venu m’apporter l’huilec, j’attends encore la lampe qui va
arriver à ce que m’a dit le commissionnaire. C’est bien dommage qu’une aussi belle
lampe n’éclaire pas pour la première fois votre charmante figure. Peut-être est-ce
un
procédé de votre part envers l’inventeur Carcel1. Vous n’avez pas voulu que l’éclat de vos
beaux yeux fît éteignoir sur ladite lumière à mèches. Vous avez bien fait pour le
marchand, vous avez mal fait pour moi qui n’illumine mon âme qu’à vos rayons. Car
vous
avez la flamme et moi le feu. Vous avez le génie et moi l’amour. Vous éblouissez tout
le monde et moi je brûle pour vous seulement.
J.
1 Bertrand Guillaume Carcel (1750-1812) inventa les lampes lycnomènes ou lampes mécaniques (à huile, à rouages et à piston).
a « netoyer ».
b « que je pense ».
c « huille ».
« 12 septembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 314-315], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8922, page consultée le 24 janvier 2026.
12 septembre [1836], lundi soir, 7 h. ½
Mon cher petit homme je ne voulais vous écrire qu’à la lueur de la fameuse lampe,
c’est ce qui est cause que je vous écrisa si tard. On vient de me l’apporter seulement, et le premier
chef-d’œuvre que j’ai fait a été de casser le second verre. Il est vrai que ce n’est
pas tout à fait ma faute.
Cher bien-aimé je vous
remercie de m’avoir donné cette lampe. C’est-à-dire que je te remercie pour la vie
entière que tu me donnes, depuis l’existence jusqu’à la vie, depuis le pain jusqu’à
l’amour. Va mon cher petit homme si je ne t’exprime pas plus souvent ma reconnaissance
c’est parce que je crains de te fatiguer à le faire. Mais pas une seule parcelle de
ce
que tu fais pour moi n’échappe à mon amour.
La lampe éclaire à ravir. Mais il y
manque cependant quelque chose pour qu’elle soit pour moi la lampe merveilleuse. C’est de me transporter ou de vous transporter
auprès deb moi ou moi auprès de vous.
Puisque vous êtes
décidément à Fourqueux, tâchez de faire essayer la robe à notre petite religieuse
afinc que nous sachions si nous
avons ou non réussi dans nos intentions de coquetterie1.
Ceci fait prenez LE COUCOU2 et revenez vers moi, qui me morfondsd à vous attendre. Je vous baiserai bien
pour la peine.
J.
1 Depuis l’été, Victor a loué une maison à Fourqueux, entre Saint-Germain-en-Laye et Marly-le-Roi, pour sa famille et ses amis. C’est là que Léopoldine, le 8 septembre, a fait sa première communion, dans une robe taillée à partir d’une robe que Juliette a donnée. Juliette ignore manifestement que la cérémonie a déjà eu lieu.
2 Coucou : cabriolet à deux roues qui assurait le transport des voyageurs de Paris à la banlieue.
a « écrit ».
b « auprès de » répété par inadvertance en haut de la page suivante.
c « à fin ».
d « morfond ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
