14 octobre 1850

« 14 octobre 1850 » [source : MVHP, MS a8466], transcr. Joëlle Roubine et Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12659, page consultée le 02 mai 2026.

XML

Bonjour, mon Toto, bonjour, mon bien-aimé, tu as dû voir hier un groupe noir de l’autre côté de la place et que j’ai été rejoindre ? C’était Mme Montferrier, sa sœur et son mari, lesquels m’attendaient avec impatience. On voulait courir après toi pour te ramener dîner à la maison, mais j’ai fait comprendre que ce serait inutile parce que tu ne dînais jamais hors de chez toi le dimanche et jamais non plus sans avoir prévenu chez toi. Il est convenu que tu feras tout ton possible pour dîner très prochainement avec eux. En attendant, on voudrait faire la partie d’aller voir le ballon s’il y a encore des femmes déesses dimanche prochain à l’hippodromea. Il paraît que rien n’est plus curieux que ce spectacle d’après ce que dit M. de Montferrier, qui a assisté hier à leur départ. Il me semble que cela doit t’intéresser, mon cher petit amateur de ballon et de plastique. Dans ce cas, il ne te serait pas indifférent d’aller voir de près cette chose aérostatiqueb et anacréontique ? Si le cœur t’en dit, nous pourrons faire la partie d’y aller tous dimanche. Mais le beau serait que tu vinsses diner à Sablonville ce jour-là. Si non, la partie intéressante du programme manquera pour moi qui ne me pique pas d’enthousiasme pour les femmes nues et les ballons habillés. Nous traiterons cette affaire-là à fond quand nous nous verrons. D’ici là, il se passera bien des choses et bien des griffouillis car vous avez la malheureuse habitude de remettre toutes les questions à des lendemains indéfinis. Jour, Toto, jour, mon cher petit o, je vous aime sans cœur perdu et quel quec soit le vent qui souffle. Je vous aime sans lest et en m’élevant toujours au-dessus de toutes les misères et de toutes les mystifications humaines.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « ippodrome ».

b  « aréostatique ».

c « quelque ». 


« 14 octobre 1850 » [source : MVHP, MS a8467], transcr. Joëlle Roubine et Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12659, page consultée le 02 mai 2026.

XML

Je ne veux pas me coucher, mon amour, avant de vous avoir payé mon tribut entier de pattes de mouches et de pataquès de ma façon. Si vous saviez que de hourrasb a excité votre promesse parmi ces jeunes affamés de bœuf et d’admiration, vous en auriez été touché sensiblement et vous auriez chanté là votre potage de famille et votre soirée littéraire pour partager avec eux mon dinde réactionnaire et mon baba aristocratique. Tout s’estc très bien passé aux regrets près de ne pas vous avoir là tout de suite. C’est à vous maintenant, mon amour, à ne pas faire trop languir l’impatience admirative et l’appétit dévorant de ces jeunes enthousiastes. Je ne vous parle pas de moi, car loin d’être pour vous un stimulant, je ne serais qu’un répulsif hideux que vous éloigneriez indéfiniment malgré toutes les primes d’encouragements offertes à votre gueulardise avérée. Aussi, je me dissimule adroitement, comme vous voyez.

Juliette

14 octobre [1850], lundi matin, 10 h. ½

Je suis sous les armes et prête à partir. J’attends M. de Monferrier, qui ne se presse pas, à cause d’un rendez-vous à 11 h. ½ dans le faubourgd Saint-Honoré. Si cela avait été pour plus tard, je serais partie sans l’attendre car je tiens à voir ma pauvre Eugénie aujourd’hui et que je veux être chez moi au moins en même temps que toi. Combien je regrette que tu ne puisses pas mettre ta bonne volonté à l’œuvre à mon dîner de ce soir. Si j’avais pu prévoir que tu daignerais honorer cette brave jeunesse de ta présence, j’aurais pris ton jour et ton heure et j’aurais eu le double plaisir de te voir et de voir l’étonnement heureux et admiratif de tous ces bons jeunes gens qui t’aiment, comme les indous aiment leurs idoles.


Notes manuscriptologiques

a « lundi ».

b « houras ».

c « c ».

d « fg ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle

  • 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
  • 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
  • 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
  • 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
  • 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
  • 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.