« 31 août 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 107-108], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12181, page consultée le 07 mai 2026.
31 août [1842], mercredi après midi, 3 h. ¾
Vous le voyez, mon cher amour, je crois si peu à votre promesse que je fais le
remède de l’absence à l’avare : je vous écris cette grosse lettre. J’aimerais mieux
vous soigner comme ces quatre jours derniers. Hélas ! Vous êtes guéri ; MALHEUREUSEMENT, et votre premier besoin est de vous enfuir
d’auprès de votre pauvre vieille garde-malade. Du reste je comprends cela quoi que
cela me crève le cœur. Mais je sais qu’il y a près d’ici des Toto1 et des Didine
qui vous attendent, qui vous désirent, qui vous aiment et qui peuvent s’inquiéter
de
leur côté de votre trop long séjour à Paris2. Je sais cela, mon cher
bien-aimé. Je prends mon courage à deux mains pour ne pas être déraisonnable mais
rien
ne fait contre cette espèce de mal-là. Le seul remède, c’est toi. Ne me le fais pas attendre trop longtemps si tu peux.
Plus souvent
qu’on m’écrira des bonnes petites lettres de la campagne à
moi. Plus souvent qu’on me fera des ravissants petits
dessins à moi. Il n’y a pas de danger et vous voulez encore que je sois contente et
que je ne trouve pas votre absence le plus triste et le plus insupportable des maux,
merci mais c’est comme si vous chantiez avec votre VOIX INTÉRIEURE3 : jamais dans ces beaux lieux hom hom hom hom hom hom hom4.
Taisez-vous vilain chiragre5. C’était
bien la peine de me faire acheter un lapin, n’est-ce pas ? Avec ca que ça se garde
facilement dans ce moment-ci. Et puis comme si en ne dépensant pas assez d’argent
forcément sans encore le jeter par la fenêtre. Taisez-vous qu’on vous dit encore une
fois. Si je ne vous aimais pas comme une bête je vous haïrais comme un chien de ne
pas
savoir vous mieux conduire que ça. Tout ça ne me met pas un liard d’espoir dans mon
pauvre cœur et j’en suis plus que jamais pour ce que j’en ai dit : vous êtes allé
où
vous allez tout à l’heure : Saint-Prix. Enfin, mon pauvre adoré, mets bien le temps
de
mon impatience et de ma tristesse à profit. Dépêche toi d’être heureux et de me
revenir le plus tôta possible. Pense
que je n’ai pas d’autre joie, d’autre bonheur que de te voir. Embrasse pour moi tous
les chers petits goistapioux et rapporte moi une
petite fleur de leur jardin. Je t’aime.
Juliette
1 Surnom du fils de Victor Hugo, François-Victor Hugo.
2 Les enfants de Victor Hugo, ainsi que sa femme, sont partis entre le 24 et le 25 août s’installer pour quelques mois à Saint-Prix dans le Val d’Oise.
3 Les Voix intérieures, recueil de poèmes de Victor Hugo publié en 1837.
4 Jamais en ces beaux lieux est un air d’un opéra de Glück, Armide, représenté pour la première fois en 1777 à l’Académie Royale de Musique, sur un livret qui avait été composé directement pour Lully par Quinault en 1686. Cet air reprend plusieurs fois le refrain : « Jamais dans ces beaux lieux, notre attente n’est vaine / Le bien que nous cherchons se voit offrir à nous / Et pour l’avoir trouvé sans peine / Nous ne l’en trouvons pas moins doux ».
5 Chiragre : personne souffrant de goutte aux mains, ce qui est le cas de Victor Hugo à cette période.
a « plutôt ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
