« 11 octobre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16347, f. 23-24], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7999, page consultée le 04 mai 2026.
11 octobre [1841], lundi matin, 11 h. ¼
Je vous aime, mon Toto, mais je suis triste comme vous pensez bien et d’ailleurs,
je
n’ai aucun sujet de me réjouir car vous êtes absent, et il y a tout lieu de croire
que
vous ramènerez tout votre monde aujourd’hui à Paris1. J’ai un si grand mal
de tête que j’ai failli ne pas me lever. Si cela continue, dès que j’aurai compté
le
linge de la blanchisseuse, je me recoucherai.
J’ai été forcée de prendre
l’argent de la bonne pour payer les 2 blanchissages arriérés
ainsi que des choses pour la lampe, verre, mèches et garde-vue, ce qui fait déjà très
près de 22 F. Tout cela me serait parfaitement égal si tu
étais auprès de moi et si je n’avais pas la crainte de te voir ramener toute ta
famille à Paris aujourd’hui même.
J’ai vu Mme Pierceau hier qui a trouvé moyen
de me tailler deux chemises de flanelle dans des coupons où je pensais qu’il n’y en
aurait qu’une et demie. Je n’ai donc pas copiéa à cause d’elle hier et aujourd’hui, je ne sais pas si je le
pourrai. J’ai les yeux tout remplis de sang et je peux à peine les ouvrir. Enfin,
je
ferai tout ce que je pourrai et ce ne sera pas ma faute si j’y renonce car c’est bien
admirablement beau… Je l’ai lu hier dès que tu as été parti et depuis ce moment j’ai
envie de le relire2. Mais pour que mon mal de tête se calme, il me faudrait
TOI tout de suite et tu n’as pas l’air de venir bien vite.
Je t’aime trop, mon Toto.
Juliette
1 Pendant l’été 1841, les Hugo ont loué à Saint-Prix, dans le Val-d’Oise, un appartement meublé de la mi-juin à la mi-octobre, et le poète y passe du temps de juillet à octobre pour terminer la rédaction du Rhin. Les fils de Hugo sont revenus à Paris le 7 octobre et Adèle et ses filles y reviendront le 14.
2 Hugo est en train d’écrire la conclusion du Rhin.
a « copier ».
« 11 octobre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16347, f. 25-26], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7999, page consultée le 04 mai 2026.
11 octobre [1841], lundi après-midi, 3 h.
Je souffre, mon pauvre bien-aimé, vraiment je souffre beaucoup. Je devrais ne pas
t’écrire dans ces moments-là parce que je me plains malgré moi et que je suis injuste,
mais peut-être tu pourrais penser que c’est parce que cela me coûte à faire. Alors,
j’aime mieux t’écrire des noirceurs et des inepties que de ne pas t’écrire du tout.
La servarde m’a casséa tantôt ma carafeb de Suisse, il ne me reste plus des
deux que des tessons hideux. Au reste, il y a quelques jours que je pressentais cela
et si on m’eût écoutéec, cela ne
serait pas arrivé et j’aurais encore mon souvenir du RIGI1.
La blanchisseuse est venue, je l’ai payée avec l’argent de Suzanne. Je vais copier tout de suite après mon
gribouillis, je ne te promets pas de le faire longtemps car je n’ai jamais eu plus
mal
à la tête qu’aujourd’hui. Si tu ne reviens pas bien vite, tu me trouveras morte ou
enragée. Mon Dieu, que je souffre ! Mon Dieu, quel hideux temps ! Mon Dieu, quel
affreux amour qui ne me laisse ni paix ni trêve dès que vous n’êtes plus là pour le
contenter ! Mon Dieu, que je suis stupide.
Juliette
1 Montagne suisse à proximité de Lucerne. Juliette a probablement ramené ce vase du voyage qu’elle a effectué en Suisse d’août à octobre 1839 avec Hugo.
a « cassée ».
b « caraffe ».
c « écouté ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
