« 24 juillet 1840 » [source : BnF, Mss, NAF, 16343, f. 51-52], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9164, page consultée le 03 mai 2026.
24 juillet [1840], vendredi après-midi, 1 h. ½
Bonjour Toto, bonjour mon petit o. MÈNE-MOI CHEZ LA MÈRE PIERCEAU. Mène-moi chez la mère Pierceau. Mène-moi chez la mère Pierceau. Mène-moi chez la mère Pierceau. Mène-moi chez la mère Pierceau. Mène-moi chez la mère Pierceau. Mène-moi chez la mère Pierceau. Mène-moi chez la mère Pierceaua. MELFORT, MELFORT, DE LA TRISTE AMÉLIE GARDERAS-TU LE SOUVENIR ?1 GARDERAS-TU LE SOUVENIR IRMIR ? GARDERAS-TU LE SOUVENIR IRNIR2 ? Toto vous m’avez révélé une nouvelle romance ce matin, je voudrais savoir qui vous l’a apprise ? Je ne parle pas de la façon de la chanter qui est sublime et que personne que Dieu n’a pu vous enseigner mais je parle de la romance elle-même : – « Toi que j’aime plus que la vie, que je voudrais en vain ne plus chérir, MELFORT, MELFORT, etc. » Vous pensez bien que je ne suis pas la dupe du Melfort ci-inclus et que je sais bien que le vrai texte c’est : « VICTOR, VICTOR de la triste Amélie garderas-tu le souvenir ? Garderas-tu le souvenir ? » Il est évident que ce chant élégiaque conte quelque turpitude dont vous êtes le héros. Prenez garde que je ne découvre le pot aux roses vous aurez affaireb à moi. En attendant je vous prie de ne pas aller à Saint-Prix3 aujourd’hui et de revenir le plus tôtc possible. Je ne vous tiens pas quitte de ma sortie. Vous pensez bien que ce n’est pas de m’enfermer pendant 2 h. dans une salle de spectacle, dans la loge la plus étouffée et la plus poussiéreuse de l’endroit que cela peut compter pour trois semaines de prison et de séquestration ? J’espérai qu’à l’occasion de votre fête vous m’auriez donné le plaisir de dîner avec vous sous quelque tonnelle de cabaret mais bast vous vous fichez bien de moi et de mon bonheur. Ça vous est bien égal ma foi, tout pour les autres et rien pour moi, voilà votre devise ainsi que celle à sa marraine Eugénie reconnaissante, moi la mienne est : Toto je t’adore.
Juliette
1 Le Pensionnat de jeunes demoiselles, opéra-comique de Picard et Vial, musique de Devienne, crée le 2 mars 1825, Acte I, scène VI. Extrait du deuxième couplet : « Toi que j’aime plus que ma vie, / Que je voudrais en vain ne plus chérir !/ Melfort ! Melfort ! de la triste Amélie/ As-tu gardé le souvenir ? »
2 Répétition chantante de la dernière syllabe.
3 La famille Hugo s’est installée au château de la Terrasse à Saint-Prix pour l’été.
a Juliette répète huit fois la phrase en diminuant les caractères de son écriture comme une voix qui s’épuise.
b « à faire ».
c « plutôt ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
