26 janvier 1839

« 26 janvier 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 97-98], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3167, page consultée le 05 mai 2026.

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Je prends acte de ce que vous n’êtes pas venu ce matin, mon Toto adoré, ainsi que c’était votre devoir pour m’inscrire en faux contre notre ORGIE d’hier. Elle n’a point été échevelée puisqu’il n’y a pas eu de queue et tout le monde sait qu’une orgie sans queue, une fête sans lendemain, ne compte pas. Ainsi c’est à recommencer et le plus tôta possible. Ça vous apprendra à venir me chercher si tard, à me mener au vaudeville Saint-Antoine et à ne pas REVENIR DÉJEUNER avec moi quand vous me l’aviez si bien promis. J’espère, mon cher petit homme, que tu n’as pas été malade de notre petit prologue d’hier ? J’aurais désiré plus que jamais t’avoir à déjeuner ce matin : je t’aurais dorlotéb, aimé, dandiné et adoré. Pourquoi donc, vilain méchant, que vous m’avez emporté Le Corsaire1 ? Je ne l’avais pas lu et je voulais garder le rébus2 de Ruy Blas. Vous êtes joliment bête. Venez me baiser et rendez-moi mon journal tout de suite. Il faut tâcher de me mener chez la mère Pierceau ce soir à cause d’une servante. Je t’assure que je ne saurai pas comment faire ni à qui m’adresser si je n’ai pas celle qu’on lui a promise. Tâche de m’y mener ce soir. Je t’aime, mon Toto.

Juliette


Notes

1 Le Corsaire : quotidien spécialisé dans les spectacles, la littérature et les arts.

2 À élucider.

Notes manuscriptologiques

a « plutôt ».

b « dorlotté ».


« 26 janvier 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 99-100], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3167, page consultée le 05 mai 2026.

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Après la conversation de tout à l’heure, je ne vois pas trop, mon cher adoré, ce qui me resterait à dire sans le petit post-scriptum de l’escalier et quoiqu’il soit triste de penser que nos derniers moments valent en général mieux que nos premiers, je m’accroche de toute la force de mon amour après ce petit serrement [illis.] fait entre deux portes. D’ailleurs depuis longtemps, je me contente de peu et pourvu que tu m’aimes, je fais bon marché du bonheur. Tu m’as apporté un bien joli petit pot, malheureusement il n’est que cela car il est vide de joie et d’espérance, comme mon pauvre cœur. Enfin ce n’en est pas moins un joli pot et vous un charmant petit homme. J’ai mal à la tête, le sang s’y est porté tout à coup et il n’en faut pas tant pour rappeler au grand galop le mal de tête qui n’est jamais bien loin chez moi. Je ferai en sorte d’avoir plus d’exactitude et plus de mémoire à l’avenir car je ne suis pas comme vous, moi, dédaigneuse des moyens qui peuvent vous tranquillisera et vous plaire. En attendant, je remets dans ma panoplie mes armes DISCOURTOISES et prends le rameau d’olivier que je mets à vos pieds en signe de soumission et de réconciliation et de paix.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « tranquiliser ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.

  • 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
  • ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
  • 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
  • Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.