« 17 mai 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 59-60], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2352, page consultée le 24 janvier 2026.
17 mai [1836], mardi matin, 11 h.
Bonjour, mon cher adoré. Je t’aime, et toi ? Je ne t’ai pas écrit ce matin à 8 h.
parce que je voulais me rendormir mais je t’ai aimé de toute mon âme. J’avais fait
mettre le petit chat auprès de moi qui a été très sage. Dans ce moment-ci il joue
avec
beaucoup de grâce.
Que je vous aime, mon Toto : il y a pourtant une chose qui
m’inquiète quoi que vous en disiez. C’est le besoin nouveau
de voir les chefs-d’œuvre de M. Duvert1 et autres. J’ai beau faire, je ne trouve qu’une
seule raison pour cette aberration subite et cette raison
n’est pas la meilleure qui se puisse trouver pour dissiper l’épais nuage noir qui
est
sur mon Soleil. Certainement, j’ai toujours foi en ta loyauté, je ne suis pas sans
m’apercevoira des efforts
incroyables que tu fais si généreusement pour me délivrer du poids de ma vie passée,
mais je crois que tous les sentiments honnêtes et généreux n’empêcheront pas un homme
de se lasser d’une liaison de trois ans et plus et
d’éprouver à son insub le besoin d’en
changer. Si cela était, mon cher Victor, je te prie d’avoir la franchise de me le
dire. Avec mac manière de voir et de sentir c’est le dernier
procédé vraiment délicat que j’apprécierais de toi. Si cela n’est pas, dis-le moi
encore pour que je reprenne confiance et sécurité. Mon amour est et sera toujours
à
toi, quoi que tu fasses.
J.
1 Félix-Auguste Duvert : vaudevilliste, coauteur avec Dupeuty d’une parodie d’Angelo, Cornaro, tyran pas doux, créée le 18 mai 1835 au Théâtre du Vaudeville. Le 19 mars 1836, au Théâtre du Palais-Royal, est créée la farce Actéon et le centaure Chiron, dont il est l’auteur avec Théaulon et Leuven.
a « appercevoir ».
b « insçu ».
c « ma » en fin de ligne est répété par erreur à la ligne suivante.
« 17 mai 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 61-62], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2352, page consultée le 24 janvier 2026.
17 mai [1836], mardi soir, 8 h.
Je vous écris sur pied, mon cher adoré, je vous écris que
je vous aime dans toutes les positions du corps et de la vie : à pied et à cheval
et
même au lit. Heureuse ou malheureuse, je vous aime. Vous avez été bien injuste tout
à
l’heure quand vous m’avez dit que je n’étais pas joyeuse de souper avec vous tandis
qu’au contraire je suis très contente et très GEAIEa. Vous êtes donc parfaitement dans l’erreur
et vous le méritez à tous égards. Maintenant je vous
engage à avoir un peu de sollicitude pour la bonne chère car
notre cuisine ne promet pas grand-chose et ne tiendra pas davantage. Ainsi je vous
recommande de faire de vos poches un buffet suffisamment garni.
Je vous aime, mon
amour. J’avais un gros chat noir depuis hier qui me pesait sur la poitrine comme un
cauchemarb, mais qui commence
cependant à s’en aller petit à petit grâce à votre joliec petite figure rieuse et sincère. Ce soir,
je serai très gaie, très aimable et très charmante. C’est le petit chat. Et je
MANGERAI tout excepté les pâtés que je fais sur mon
papier[En effet, à cet endroit, petits pâtés.].
A bientôt, mon cher adoré. Oh ! je t’aime, VA.
Juliette
a « GEAI ».
b « cochemar ».
c « joli ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
