« 13 novembre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16347, f. 113-114], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8029, page consultée le 25 janvier 2026.
13 novembre [1841], samedi, midi ½
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon amour chéri. Comment vas-tu ? Moi, je dors
d’une manière scandaleuse comme tu vois et je suis furieuse contre moi, surtout
aujourd’hui que j’ai À TRAVAILLER. Je vais joliment me dépêcher aussi pour
rattrapera le temps que ma
paresse m’a fait perdre.
Suzanne a rapporté ton paletot et tu auras
le rouge jeudi prochain1. Quantb à moi,
je n’ai plus qu’un mois et dix-sept jours, comme tu sais, pour avoir ma boîte à
volets, mais je trouve que c’est encore bien long. Cependant, la certitude d’en être
légitime propriétaire à cette époque me donne le courage et la patience
d’attendre2.
Je suis enrhumée comme un loup, je ne fais que moucher et
qu’éternuer. J’ai le nez comme une pomme de terre, les yeux tout gonflés et les lèvres
toutes TUMÉFIÉES. Bref, je suis hideuse et je crois que je n’en resterai pas là à
en
juger par la véhémence de mes éternuementsc. J’aurais autant aimé autre chose mais je n’avais pas le
choix. Atchi atchi atchi, at, at, at, at, atCHI. Voilà ma musique depuis que je suis
éveillée, quelle affreuse chanson. Baise-moi, toi, et tâche de n’être pas trop joli
pour ne pas me faire trop honte ou je te fiche des coups sur ton nez TUMÉFIABLE.
Baise-moi, scélérat, et viens bien vite me dire : Dieu vous
bénisse, ça me guérira peut-être et cela me fera plaisir.
Juliette
1 Voir la lettre du mardi précédent. C’est Eulalie qui s’est occupée du premier paletot, noir.
2 Juliette parle d’une petite boîte à tiroirs qu’elle réclame depuis le début de l’année, et que Hugo a promis de lui offrir pour le nouvel an. Cela fait quelque temps qu’elle fait ainsi le décompte des jours qui la séparent encore de ce cadeau tant attendu qu’elle recevra finalement en avance le 19 novembre.
a « rattrapper ».
b « Quand ».
c « éternuments ».
« 13 novembre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16347, f. 115-116], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8029, page consultée le 25 janvier 2026.
13 novembre [1841], samedi soir, 4 h. ¾
Je n’ai pas encore commencé à copier mais je vais m’y mettre sans interruption
jusqu’à ce que ce soit fini. Ainsi, mon bon petit bien-aimé, tu ne perdras rien pour
attendre.
À propos, j’ai envoyé Suzanne chez le Barbedienne avec le médaillon pour savoir au juste si on pouvait faire
ton cher petit portrait dans cette dimension et de cette forme-là. Il a répondu que
oui et il a gardé le médaillon en or pour le faire exactement pareil et dont la lettre
en réponse à la mienne fait reçu. Du reste, je lui ai écrit
à peu près la lettre que tu m’avais ditea un soir. Ainsi, mon amour, me voilà presque sûre d’avoir ton cher
petit portrait sur mon cœur sans débourser un sou pour la monture, ce qui n’est pas
à
dédaigner. Quant au petit buste, il est au moulage et je l’aurai d’un moment à
l’autre1. Quel bonheur ! Oh ! oui, mon adoré, un vrai bonheur. Tout ce
qui te multiplie autour de moi est une source de ravissement et de joie pour mon cœur.
Je t’aime, mon Victor adoré, je t’aime bien, va.
Comment vas-tu, mon cher petit
bien-aimé ? Où es-tu ? Que fais-tu ? M’aimes-tu et te verrai-je bientôt ? Il y a bien
longtemps que je te désire depuis que tu as fermé la dernière porte de ma maison.
J’ai
faim et soif de toi, est-ce que tu ne vasb pas venir tout de suite ? J’espère que votre visite à Mlle ClémANCEc rue Montmorencyd ne
s’est pas prolongée jusqu’à présent et que vous vous serez gardé un peu de vous pour
moi ? Venez donc vite me le donner.
Juliette
1 Juliette fait fondre par Ferdinand Barbedienne (industriel français connu pour sa fonderie de bronze de reproduction d’art), un buste de Hugo qu’elle recevra enfin le 29 novembre. Dans sa transcription d’une lettre de novembre 1841, Jean-Marc Hovasse émet l’hypothèse qu’« il s’agit très vraisemblablement d’un buste en bronze, lauré ou non, par David d’Angers, fondu par F. Barbedienne. Certains laurés sont datés de 1842, d’autres, sans laurier, sont sans date ».
a « dit ».
b « va ».
c Le prénom est souligné de deux traits fins. Est-ce Clémence ou Clémance ?
d « Monmorrenci ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
