28 mars 1838

« 28 mars 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16333, f. 192], transcr. Armelle Baty, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.775, page consultée le 04 mai 2026.

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Bonjour mon petit bien-aimé, bonjour mon petit homme. Je ne veux pas être injuste ni importune envers toi, aussi je te parlerai le moins possible de notre amour que tu laisses aller à vau-l’eaua sans te soucier de ce qu’il devient. Il fait un temps charmant mais comme je suis triste, je ne m’habillerai pas pour ne pas sortir, dans le cas où tu viendrais me chercher pour cela, ce qui n’est pas possible. Je t’aime, je t’adore, mon Toto, mais j’ai le cœur fatigué et malade à force de te désirer toujours et de ne t’avoir jamais. Si je m’écoutais, ce matin, je ne t’écrirais pas ou du moins je ne t’écrirais que ces deux mots seulement : je t’aime. Le reste ne vaut pas la peine d’être dit puisque tu n’y prends pas garde. Je me plains, je souffre, je te désire, je t’attends, tout cela passe sur ton cœur et sur ta pensée comme sur de la toile cirée. Il n’en reste rien, pas même la trace. Aussi quand je t’ai écrit je t’aime, la seule chose à laquelle tu tiennes peut-être par habitude, je n’ai plus qu’à fermer mon papier, tout est dit. Si par une exigence que tu crois être de la galanterie, tu veux que je barbouille de noir une feuille entière de papier blanc, j’ai trouvé le moyen que voici[Suivent quatre lignes et demie d’un gribouillage rendu exprès illisible, semblable à celui d’un très jeune enfant.]... Je t’aime.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « à veau-l’eau ».


« 28 mars 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16333, f. 196], transcr. Armelle Baty, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.775, page consultée le 04 mai 2026.

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Je voudrais lutter avec vous de ruse et de méchanceté, mon amour, en ne vous écrivant pas ce soir, mais la paix que nous venons de signer entre deux portes ne me permet pas de suivre un plan si bien tracé pour nous faire enrager tous les deux. C’était de ne plus vous écrire jamais de la vie ni des jours et d’acheter à votre nez et à votre barbe la plus belle robe chinée, ramagée et en foulard du petit St-Thomas sans que vous y voyieza que du feu. Heureusement que vous vous avez eu le bon esprit de faire la paix avec votre rusée Juju. Elle renonce donc de ce soir à tous projets de vengeance et de férocité à la condition que vous continuerez d’être le meilleur et le plus juste des hommes. [Aussi  ? Ainsi ?] mon cher petit homme adoré, plus de querelle, plus de malentendu et surtout plus de fâcherie même d’une minute. Je t’attends avec amour et je baise tes petites mains et ta belle bouche.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « voyez ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.

  • Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
  • MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
  • 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
  • MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
  • 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
  • 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
  • 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.