« 6 février 1865 » [source : BnF Mss, NAF 16386, f. 32], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d6775e205, page consultée le 06 août 2026.
Guernesey, 6 février 1865, lundi matin,7 h. ½
Bonjour. Soleil partout. Amour partout et bonheur partout si vous avez passé une very little good nuit comme je l’espère. Je vois par l’absence de signal que tu es encore couché, ce dont je ne m’inquiète pas car je sais qu’il t’arrive souvent de travailler dans ton lit. Je serai bien heureuse si ma confiance dans ta bonne nuit ne se trouve pas déçue tantôt quand je te verrai. En attendant, voilà une admirable chose de plus sortie de ta pensée qui va faire son tour du monde comme toutes les autres. Il est bien regrettable que l’absence de télégraphe électrique dans ce petit pays t’ait empêché d’envoyer instantanément ta belle et généreuse lettres aux Milanais qui l’attendent avec impatience1. C’est d’autant plus malheureux qu’il s’agit de la peine de mort et que ton influence eût été décisive sur la question de l’abolition qui s’est débattue hier à Milan. On ne pouvait pas prévoir qu’il n’y avait pas de télégraphe justement dans la petite partie de la terre qui en aurait le plus besoin à cause du génie qui l’habite. Mais ce retard n’empêchera pas ta lettre de faire explosion quand elle arrivera à la publicité et de tuer ça et là beaucoup de ces vieilles loisa meurtrières et assassines qui se nourrissent de sang humain. Il suffit de quelques lignes de ta plume ARMSTRONG pour causer tous ces heureux ravages parmi les cerveaux les plus obtus et les cœurs les plus endurcis. Je te dis tout cela comme je peux et au hasard de mon admiration et de ma reconnaissance. Mon métier à moi n’est pas de bien dire, heureusement, mais de bien SENTIR tout ce que tu fais de beau, de grand, d’utile et de bon et je crois, sans me vanter, que personne au monde ne me dépasse dans cette fonction du cœur et de l’âme. Je baise tes chers petits pieds avec adoration.
J.
1 Le 1er février, Victor Hugo reçoit une lettre du Comité central italien lui annonçant la convocation d’un grand meeting populaire à Milan pour l’abrogation de la peine de mort. Ce comité prie le poète d’envoyer immédiatement quelques paroles à la population de Milan. Ce même jour, Victor Hugo reçoit une lettre de Londres le priant d’intervenir pour empêcher l’exécution d’un italien condamné au gibet pour un coup de couteau donné dans une rixe de cabaret. Hugo écrit sa lettre le 4 février 1865 (Actes et Paroles II, pendant l’exil, dans CFL, p. 896).
a « loix ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
François-Victor Hugo achève son édition des Œuvres complètes de Shakespeare, perd sa fiancée et fuit Guernesey. Son frère Charles se marie. Juliette et Hugo font un long voyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- 14 janvierMort d’Emily de Putron, fiancée de François-Victor.
- 28 juin-30 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- 17 et 18 octobreMariage de Charles Hugo et Alice Lehaene.
- 25 octobreChansons des rues et des bois.
