« 11 juillet 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 23-24], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12018, page consultée le 24 janvier 2026.
11 juillet [1845], vendredi matin, 10 h. ¼
Bonjour, mon Toto bien aimé, bien aimé, bien aimé. Bonjour, comment vas-tu aujourd’hui ? Ton cher petit pied, comment va-t-il par ce temps d’orage et de pluie ? Te verrai-je bientôt, mon Victor chéri ? Je ne peux pas m’empêcher de te faire cette question pas plus que je ne peux m’empêcher de le désirer de toutes mes forces. L’un ne va pas sans l’autre. Désirer te voir et te le dire, voilà l’unique souci et le seul sujet de conversation de ma vie. Quand tu travailles, je me résigne tant bien que mal. Ce n’est pas de l’impatience de mauvais caractère exigeant, c’est l’impatience d’un pauvre cœur qui souffre loin de toi. Tu le sais, n’est-ce pas, mon adoré, et tu ne m’en veux pas quand je te le laisse voir malgré moi ? Mon Victor bien-aimé, je baise tout ton ravissant petit corps depuis le petit bout de ton pied jusqu’à la petite pointe de tes cheveux. Je t’aime, je t’aime, je t’aime. Je te dis toujours la même chose mais cela ne m’humilie pas. Le bon Dieu faita tous les jours la même chose et on ne s’en plaint pas. Le soleil se lève tous les matins et se couche tous les soirs et on l’admire. Moi, pardon de l’assimilation, ma vanité n’y est pour rien, je t’aime tous les jours sans y rien changer, ce n’est pas de ma faute si je fais comme le bon Dieu et comme le soleil. Je suis dans mon droit et j’y reste.
Juliette
a « le bon Dieu fais ».
« 11 juillet 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 25-26], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12018, page consultée le 24 janvier 2026.
11 juillet [1845], vendredi après-midi, 3 h. ½
Je te plains, mon cher petit bien-aimé, d’être forcé de marcher par ce
vilain temps de pluie et de chaleur avec ton pauvre pied malade, car,
outre l’ennui de se sentir le pied mouillé, il y a
[à] craindre les maux de gorge et le rhume.
Aussi, chaque fois que la pluie recommence, je donne le bon Dieu au
diable pour lui apprendre à ne pas mieux faire son devoir envers toi. Je
ne me plaindrais pas, et je ne te plaindrais pas non plus peut-être,
tant l’égoïsme est une chose naturelle, si cela te forçait à venir lire
les journaux sur ma chaise longue. Mais comme je n’y gagne rien que
l’inquiétude de te savoir barbotanta dans les ruisseaux de Paris, je me permets
de blâmer hautement cet arrosement permanent.
Jour, Toto, jour, mon cher petit
o, je te remercie d’avoir pensé à travers toutes tes
préoccupationsb à me faire écrire à cette pauvre Mme Luthereau. Tu es bon mon cher adoré, aussi bon que tu es
grand et beau et sublime. Je t’aime de toute mon âme.
J’ai écrit à
Mme Luthereau et à ma soeur en même
temps. Cette pauvre femme a bien besoin de se sentir plaintec et aimée elle aussi.
Cela me fait souvenir qu’il faut que je mette sous ta main la lettre de
ce malheureux Journet. La note qui accompagne sa lettre prouve que son repentir et sa
bonne conduite ne se sont pas démentis depuis 10 ans ! Il attend sa récompense d’un mot de toi. Tu le lui
donneras, j’en suis sûre. Et puis je te bénirai et je t’adorerai comme
toujours.
Juliette
a « barbottant ».
b « préocupations ».
c « plaint ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
