« 2 juin 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 249-250], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11936, page consultée le 06 mai 2026.
2 juin [1845], lundi matin, 8 h. ¼
Bonjour, mon Victor, bonjour. Si les mots pouvaient parler, ce bonjour-là te dirait plus de choses qu’il n’est
gros. Il te dirait que je t’aime, que je suis triste et découragée au
dernier point.
Je n’ai éteint ma lampe qu’à une heure cette nuit.
Je me suis réveillée d’heure en heure pour savoir où on était de la
nuit. Aussi je me suis levée ce matin avant sept heures plus fatiguée
que lorsque je me suis couchée. Je ne te fais pas de reproches, mon
Victor, mais vraiment, est-ce que tu ne sens pas que je dois être
profondément triste et découragée ? Aujourd’hui je ne te verrai
probablement pas avant sept ou huit heures du soir et pas plus de trois
ou quatre minutes. C’est vraiment déplorable. Tu travailles, dis-tu, je
le sais, mais je sais bien aussi que tu ne travailles pas pour tout le
monde et que tu es au premier venu plus qu’à moi. C’est le sort de
toutes les liaisons comme la nôtre. Tant pis pour ceux dont le cœur est
resté stationnaire dans l’amour. Voilà la seule consolation que j’aie à
me donner. Il faut convenir qu’elle n’est rien moins que consolante et
que je ferais aussi bien de m’en aller assez loin pour te débarrasser de
ma personne.
Je m’attends à ce que tu me diras que, n’ayant pas pu
venir avant 2 ou 3 h. du matin, tu n’es pas venu du tout. Mais je pourrai en penser
ce que je voudrai. En attendant, j’ai le cœur plein d’amertume et de
tristesse. Je t’aime, c’est mon éternel et monotone refrain.
Juliette
« 2 juin 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 251-252], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11936, page consultée le 06 mai 2026.
2 juin [1845], lundi après-midi, 2 h. ¼
Mon bien-aimé ravissant, mon Victor trop aimé, mon doux ami, mon courageux enfant, mon généreux homme, je t’aime. J’ai les yeux pleins de larmes et l’adoration plein le cœur. Je m’en veux de te tourmenter et cependant je ne peux pas m’en empêcher, pas plus que de t’aimer. Mon amertume vient de l’excès même de mon amour. Si je t’aimais moins, je ne souffrirais pas de ton absence et tu me trouverais l’humeur toujours égale et toujours satisfaite. Je sens bien que tu ne peux pas me donner plus de bonheur à la fois, mais ce n’est pas assez pour moi qui ai mis toute ma joie et toute ma vie dans ton amour. Ce ne sont pas des distractions étrangères que je te demande : le spectacle, les promenades, l’agitation et le bruit. Non. C’est de te voir, te voir, te voir, mon Dieu, c’est tout pour moi. Je n’ai pas d’autre besoin, pas d’autres aspirations, pas d’autre bonheur que te voir. Le reste m’est égal, je dirai même insupportable. Je n’accepte les autres choses de la vie qu’à travers ton amour et comme un fâcheux appoint. Aussi, mon Victor bien aimé, quand tu me manques, tout me manque, l’air, le soleil, la joie, le bonheur. Je vis dans l’oppressement et la tristesse. Il me semble que je suis menacée d’un grand malheur. Tout prend un aspect noir autour de moi et je me crois la plus malheureuse des femmes. C’est dans cette disposition d’esprit que tu m’as trouvée tantôt. Je le regrette de toutes mes forces et pourtant je ne faisais pas autre chose que de t’aimer plus que ma vie.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
