« 19 mai 1844 » [source : Collection particulière], transcr. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11687, page consultée le 25 janvier 2026.
19 mai [1844], dimanche matin, 8 h. ¾
Bonjour, mon adoré bien-aimé, bonjour, mon Toto chéri ; bonjour, toi, bonjour, vous
que j’adore.
Enfin, mon pauvre amour, je commence à me débrouiller de tous mes
arias1. J’ai
cependant deux dernières ennuyeuses opérations à subir : le collage de la porte et
l’encaustiquage. Le Lanvin est déjà
venu mais comme il n’avait pas apporté le papier il est allé le chercher. Du reste,
je
ne sais pas si c’est une idée, mais il me semble vouloir faire la grimace. Qu’à cela
ne tienne, le brave homme, je ne m’en servirai plus. Après cela je me trompe
probablement. Le voici qui revient sans papier. Il n’y en avait pas, on est allé en
chercher. En attendant il va coller du papier autour de mon petit miroir et faire
le
petit raccommodage du papier du mur. Le temps continue à être hideux et moi je
continue à être comme le temps. Il est impossible d’être plus avariée que je ne suis.
Je ne m’étonne pas que vous demandiez des cravates blanches, que vous alliez en calèche à l’Odéon et que vous vous jetiez avec fureur dans les
faumes. Je ne trouve que trop excusable et au
besoin même je vous approuverais. Voime, voime,
prends garde de le perdre ; scélérat, je ne te conseille pas de tenter l’épreuve deux
fois. La bosse de mon front n’est que trop significative et je ne suis pas femme à
m’en laisser planter de cette forme indéfiniment. Tenez-vous-le pour dit.
Jour Toto, jour mon cher petit o. Je ne sais pas quand je vous verrai mais je sais bien quand je désirerais vous
voir, ce serait tout de suite. Cela me ferait bien du bien au vente2 et ailleurs. Je ne te vois presque plus,
mon pauvre adoré. Les ouvriers de ma maison t’ont chassé pendant ces derniers jours
et
ton travail t’éloigne de moi depuis un bout de l’année jusqu’à l’autre. De quelque
façon que je m’y prenne, de quelque côté que je me retourne je ne vois pas le plus
petit Toto. Ça n’est pas bien gai, tant s’en faut, et il y a bien des jours où mon
pauvre cœur est bien gros et bien triste. Cependant je ne veux pas me plaindre
aujourd’hui dans la crainte de te paraître grognon. Je ne veux que te baiser, te
sourire et t’adorer.
Juliette
1 Arias : tracas, obligations diverses.
2 « Vente » pour « ventre » : la faute est volontaire (comme l’indique son soulignement).
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
