« 9 novembre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 207-208], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11447, page consultée le 06 mai 2026.
9 novembre [1842], mercredi matin, 10 h.
Bonjour mon Toto bien aimé. Comment vas-tu ce matin, mon amour chéri ? Il fait bien
froid, prenez garde à vous, mes chers petits amis frileux, n’allez pas vous enrhumer
ni avoir des chiragreries1, parce
que je ne le veux pas et que je vous ficherai des coups.
La Cocotte est décidément une très capricieuse et très
méchante Cocotte car elle vient de venir pendant que je t’écrivais me mordre à la
lèvre. Je l’ai tout de suite rebouclée dans sa cage mais il est triste de penser qu’en
si peu de temps cette petite bête soit devenue aussi féroce, d’aussi douce et d’aussi
caressante qu’elle était. Si cela devait continuer, je n’en aurais pas plus de plaisir
qu’avec Jacot. Merci !!!!!!!!!a Je vais écrire tout à l’heure à mon beau-frère et je lui
dirai la méchanceté de la Cocotte afin qu’il s’informe à celui qui l’a vendue s’il
y a
un remède contre l’antipathie. Je lui demanderai aussi combien elle coûte afin d’en
rembourser le prix pour ne pas gêner ces pauvres gens. Je ne sais pas si tu pourras
me
conduire tantôt chez mon père2, mon cher ange, car tu travailles beaucoup et que c’est très
bien. Enfin tu feras ce que tu pourras, mon amour, j’en suis sûre. Je t’aime, mon
Victor chéri, et je sais que je mourrai le jour où tu ne m’aimeras plus. Maintenant,
ne va pas au théâtre sans moi et ne cherche pas à plaire parmi ces femmes ni parmi
aucunes autres. Tu ne sais pas, mon pauvre ange, parce que tu ne m’aimes pas comme
je
t’aime, combien cette crainte me désespère et me décourage. Mon Victor, soisb moi bien fidèle, de corps, de pensée et
de cœur. Tu ne veux pas que je souffre et que me tue.
Juliette
1 Chiragre : personne souffrant de goutte à la main, ce qui est le cas de Victor Hugo, qui a notamment eu une attaque de goutte en août.
2 L’oncle de Juliette, René-Henry Drouet, est gravement malade. Juliette, qui le chérit et l’appelle son père, a à cœur d’aller lui rendre visite régulièrement.
a Les points d’exclamation courent jusqu’au bout de la ligne.
b « soit ».
« 9 novembre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 209-210], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11447, page consultée le 06 mai 2026.
9 novembre [1842], mercredi soir, 4 h. ½
Décidément, cette Cocotte vient mettre le
trouble dans mon ménage et je ne sais qui me tient de la
renvoyer parmi les bêtes féroces dont elle n’aurait jamais dû sortir. Si elle ne
s’amende pas, si elle ne devient pas douce comme un mouton, je la prierai de rester
chez vous et de n’en pas sortir. Elle n’a plus dit un
traître mot depuis que vous êtes parti, il n’y a pas de danger. Quelle affreuse
scélérate ! Cette Cocotte est décidément un vrai monstre.
Je trouve que tu as
joliment bien fait de ne pas accepter la proposition de Jauffret1. Il est bon que tout le monde te doive de la reconnaissance et il
est noble et digne à toi de n’accepter que celle du cœur et non celle qui vient de
la
bourse. Je ne vous vois plus maintenant, mon cher bien-aimé, depuis que je mets
obstacle à vos AMOURS je ne vous vois plus. C’est bien charmant en vérité. Aussi,
soyez tranquille, j’en ai écrit de bonnes sur le compte de votre belle, dans peu de
temps tout le monde saura votre infâme conduite à tous les deux. Taisez-vous méchant
homme. Que dis-je, méchant homme, c’est méchant COCO d’une plus méchante cocotte
encore. Je suis bien fâchée, mon pauvre ange, que tu n’aies pas pu me mener chez mon
père aujourd’hui. Ne crains-tu pas que ça n’aita l’air, aux yeux de ce pauvre malade, d’une bien froide et bien
triste indifférence pour son état moral et physiqueb ? Demain, jour d’Académie, tu ne pourras pas encore m’y mener,
mais tâche au moins de ne pas manquer vendredi. Je t’en prie bien, mon adoré, et je
t’aime de toute mon âme.
Juliette
1 Depuis février 1838, Charles et François-Victor Hugo sont pensionnaires à l’Institution Jauffret, rue de Sévigné, d’où ils vont suivre les cours du collège royal de Charlemagne (Voir Jean-Marc Hovasse, Victor Hugo, t. I. Avant l’exil, 1802-1951, Fayard, 2001, p. 771).
a « n’est ».
b « phisique ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
