« 14 novembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 49-50], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10332, page consultée le 26 janvier 2026.
14 novembre [1839], jeudi matin, 11 h.
Bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour, mon adoré. Comment vas-tu, mon Toto ?
Comment as-tu passé le reste de la nuit, mon pauvre amour ? Pourquoi puisque tu
travailles la nuit ne travaillerais-tu pas à la maison ? Le jour aussi, mais enfin
la
nuit puisque tu n’as plus le petit Toto1 avec toi et que ce que tu fais est pour moi, il serait bien facile et bien juste de le faire chez moi ? Au moins je
pourrais profiter de tous les petits moments d’intervalle pour te baiser et pour te
caresser et toute mon âme. Tu m’as promis que tu allais faire ton possible pour
travailler à la maison et moi je t’en prie de tout mon cœur.
Je continue à avoir
un très grand mal de gorge et à tousser. Si cela ne se passe pas d’ici à quelques
jours je ferai venir Mr Triger car il n’est
pas utile de garder cette indisposition si légère qu’elle soit. Le temps est brumeux
et malsain et j’attribue à cela mon petit bobo. Pauvre adoré, j’ai honte de me
plaindre quand toi qui passesa toutes tes nuits sans feu à travailler tu ne te plains pas. Tu es
mon pauvre bien-aimé sublime que j’admire et que j’aime de toutes mes forces. Jour
un
jour. Le marchand de vin vient de venir. Ta tisaneb est toute prête [illis.] il y a déjà plus d’une heure que je suis
levée, ainsi tu peux venir tout de suite, j’aurai de l’eau pour tes beaux petits yeux,
de la boisson et de la VIANDE pour ton cher petit estomac, et de l’amour ravissant
pour ton bon petit cœur. Vous voyez que pour une pauvre femme, je ne suis pas trop
mal
approvisionnée ce matin ? Il est vrai que c’est grâce à vous et que vous êtes le fond
et la source de toutes cesc richesses.
Je vous aime, Toto.
Juliette
1 François-Victor Hugo, surnommé Toto comme son père.
a « passe ».
b « tisanne ».
c « ses ».
« 14 novembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 51-52], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10332, page consultée le 26 janvier 2026.
14 novembre [1839], jeudi soir, 5 h. ¾
Vous paraissiez bien pressé de me quitter tantôt, mon adoré, surtout n’ayant pas
l’intention de revenir de sitôt. Ce n’est pas un bon prélude pour la bonne promesse
que vous m’avez faite cette nuit et par laquelle vous promettiez de venir travailler
tout le jour auprès de moi. Au reste, je sais quel fond je dois faire sur les
promesses de ce genre. En fait du bonheur, c’est toujours [plus ?] de
beurre que de [pain ?] mais en réalité ce n’est pas ça et notre amour
fait souvent MAIGRE CHEREa et triste
cuisine. Si je t’aimais moins, je serais moins gouliaffe et je trouverais ma vie très heureuse et très abondante comme ça
mais moi qui compte pour rien tous les trésors du monde si je te vois à peine cinq
minutes par jour, je me trouve très pauvre et très misérable depuis notre retour.
J’ai vu la propriétaire tantôt, elle venait me parler des [illis.] nouveaux et
anciens et la brave femme m’a embêtée pendant une heure de ces billevesées de
marchande de propriétaire et de femme stupide. Du reste, je n’ai rien de nouveau,
pas
même une réponse de Mme Krafft. Cependant je serais bien aise de savoir à quoi m’en tenir sur le
temps qu’elle nous accorde pour [le payer ?]. Vous ne m’avez pas encore
apporté les journaux tantôt. Qu’est-ce que cela veut dire ? Si je voulais faire de
l’inquisition aussi moi et prendre un air de traître de l’Ambigu je le pourrais bien
MIEUR que vous car j’en ai plus de sujet. C’est égal, vous aurez à me rendre compte
tout à l’heure (car j’espère vous voir tout à l’heure) des raisons qui vous empêchent
de m’apporter les journaux comme autrefois. En attendant, dépêchez-vous car je vous
attends et je vous aime.
Juliette
a « chaire ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
