22 avril 1839

« 22 avril 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16338, f. 81-82], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8180, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour, mon cher petit adoré, bonjour, mon petit homme. J’espère que je suis matinale mais aussi je n’ai pas dormi de la nuit. Et toi, mon adoré, tu n’as pas dormi non plus mais pour une raison pire que la mienne, c’est que tu travaillais pour moi, malgré tes yeux et le besoin de repos de toute une journée de fatigue. Sois béni pour tant de dévouement et de courage, mon adoré. Je t’aime. Je me suis mise en frais ce matin, j’ai taillé mes trois plumes, c’est cela qui est beau ! J’ai la cocotte sur ma table de nuit, il me semble qu’elle est moins farouche ce matin. Nous finirons peut-être par l’apprivoiser. Je vais recommencer à te tourmenter, mon chéri, pour le dessin du père Pasquier1. Si tu passes cette semaine sans le faire, je l’enverrai tel qu’il est ainsi, dépêchez-vous. Vous ne me parlez plus de la copie de Boulanger : est-ce que par hasard vous croyez que cela passera en conversation comme toutes les promesses que vous me faites ? Oh ! Que nenni ! Il me faut votre portrait et dans les huita jours qui suivront la fermeture du salon, ou sinon je me fâche et je fais les centb coups. Je n’ai pas envie de me brosser quoi que ce soit à un soleil qui n’existe pas, pendant que vous regorgez de votre portrait et de votre personne dans votre maison. Il me faut votre portrait, entendez-vous ? Et venez me baiser tout de suite.

Juliette


Notes

1 À élucider.

Notes manuscriptologiques

a « huits ».

b « cents ».


« 22 avril 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16338, f. 83-84], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8180, page consultée le 25 janvier 2026.

J’ai toujours attrapé un petit morceau de bonheur, mon Toto, et à ce prix je ne regrette ni mes omnibus ni votre temps. Je voudrais qu’il dépendît de moi d’en prendre comme ça tant que je voudrais. Je vous réponds que je n’y manquerais pas. Voici le petit livre de Mlle Dédé qu’on me rapporte, ainsi vous ne grognerez plus. Quel beau temps, hein ? Et comme on serait bien sur une impériale de diligence roulant sur la grande route ? Hum, ça vous fait venir les champs, les chevaux, les auberges et les vieilles cathédrales à la bouche. Quel malheur que nous soyons confinés dans ce hideux Paris. Oh ! Comme je renoncerais volontiers à mes débuts si vous vouliez me donner deux mois de bonheur, seulement un mois, même trois semaines, même deux jours, même une heure1. C’est que je vous aime, mon Toto, bien avant mes intérêts, bien [avant] LA GLOIRE, bien avant tout, car vous c’est tout et plus que tout c’est vous, vous, vous. Baisez-moi, mon cher petit adoré ; aimez-moi et plaignez-moi de n’être pas où vous êtes. Je vous attends avec tous les désirs d’un cœur plein d’amour et toute l’impatience d’une pauvre âme qui souffre.

Juliette


Notes

1 Il lui faudra attendre le 31 août pour leur voyage annuel, d’où ils reviendront le 26 octobre.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.

  • 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
  • ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
  • 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
  • Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.