« 9 août 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16335, f. 151-152], transcr. Armelle Baty, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2815, page consultée le 25 janvier 2026.
9 août [1838], jeudi matin, 11 h. ¼
Bonjour mon petit adoré, bonjour mon cher petit drognon. Je suis souffrante, je ne sais pas si ce sont les suites de mes migraines ou bien si je vais être malade comme une bête mais j’ai de la fièvre et de la courbature. Jour mon petit. Je sais bien un onguent miton mitaine1 qui guérit tous les maux y compris la brûlure mais il est très difficile de s’en procurer. À propos, c’est aujourd’hui qu’on doit souhaiter la fête de Mme Krafft, nous ne sommes guère prêts mais je vais lui écrire une lettre que tu verras pour nous excuser auprès d’elle. Mon cher adoré, je voudrais être sûre que nous ferons un petit voyage après ta pièce finie pour être bien heureuse et bien contente et pour n’être plus malade du tout. J’aime mon Toto, j’adore mon Toto. J’ai beau être malade, j’aime mon Toto. Je ne connais que ça. Il fait bien beau aujourd’hui. Si mon Toto peut me faire sortir, cela me fera grand bien, s’il ne peut pas, je me résignerai, voilà tout. Je baise ses petits pieds de toutes mes forces et sa bouche de toute mon âme.
Juliette
1 Remède qui ne fait ni bien ni mal (nous dirions aujourd’hui placebo).
« 9 août 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16335, f. 153-154], transcr. Armelle Baty, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2815, page consultée le 25 janvier 2026.
9 août [1838], jeudi soir, 5 h.
Tu travailles mon pauvre bien-aimé. Je ne t’en veux pas de ne pas venir quoique ma tête et mon cœur souffrent de ma solitude mais tu travailles, je dois me résigner. C’est ce que je fais autant que me le permettenta ma mauvaise nature et mon excessif amour. J’avais écrit à Mme Krafft pour nous excuser de ne lui rien envoyerb à l’occasion de sa fête. J’ai tenu à ce que voies la lettre de sorte qu’elle ne la recevra peut-être pas aujourd’hui pour peu que tu tardes encore longtemps à venir. Depuis hier je suis assommée par le mal de tête. J’ai toutes les peines du monde à t’écrire et si ce n’était pas toi et le bonheur que j’ai à te dire tout, je ne toucherais pas une plume d’ici à un an tant je souffre et que je m’ennuie. Je n’ose pas toucher à tes sachets1 aujourd’hui à cause de ma tête, cependant je vais essayer car je sais que tu en es très pressé. Je t’aime mon Toto. Je suis un peu grognon. Cela tient à ce que je souffre et que je te vois pas mais je t’aime de toute mon âme et de tout mon cœur.
Juliette
1 On ne sait pas l’usage de ces sachets, dont elle parle depuis plusieurs jours.
a « permet ».
b « envoyé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
