13 juillet 1838

« 13 juillet 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16335, f. 49-50], transcr. Sandra Glatigny, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2789, page consultée le 23 janvier 2026.

Bonjour, mon cher petit homme chéri. Je vous aime, vous êtes bien bon, bien I et bien charmant. Je vous adore. J’attends avec impatience la page sortie de mon encrier. Ça doit être bien beau, je voudrais déjà la tenir. D’abord, parce que ce serait une preuve que tu as fini et que tous nos MAUX1 ne le sont pas puisque nous gardons le dernier pour la bonne bouche. Mon bon petit o chéri, je t’aime va, tu ne le sauras jamais bien parce que les occasions me manquent mais je t’aime de toute mon âme. Tâche de venir un peu ce matin et puis si tu peux, dans la journée, nous irons reconduire Claire pour qu’elle ne manque pas sa leçon de piano. Tu auras bien chaud, mon pauvre homme, si tu erres aujourd’hui. On cuit dans les chambres, à plus forte raison dans les rues. Je ne me plaindrais pas si nous étions ensemble sur les grandes routes avec Pierre, [illis.] ou François ou Nicolle ou un simple constructeur de diligence.

Juliette


Notes

1 Jeu de mots : Victor Hugo a promis à Juliette de l’emmener à Meaux.


« 13 juillet 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16335, f. 51-52], transcr. Sandra Glatigny, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2789, page consultée le 23 janvier 2026.

13 juillet [1838], vendredi soir, 7 h. ¾

Mon cher petit homme, nous savons que vous ne nous mènerez nulle part ce soir et nous ne vous en voulons pas le moins du monde. Sommes-nous BONNES ! Il fait doux ce soir, il n’y a pas une bouffée d’air, c’est à se croire dans un court-bouillon, quanta à moi, je suis passée de l’état de toucan à celui d’écrevisse, ainsi que vous le pouvez voir. Si j’avais su tantôt que le Desmousseaux jouait ce soir, je ne vous aurais pas demandé à y aller (chez Mme Pierceau). VOUS ÊTES UNE BÊTE. Jour Toto, jour mon petit o, il fait aussi chaud que le jour où nous sommes allés à Rambouillet, chacun dans son RANG bouillait. Je voudrais bien être encore ce soir, avoir aussi chaud et me promener avec vous sous les grands arbres autour de la pièce d’eau en poussant mon hurrahb favori. QUEL BONHEUR !!! Hélas !......... !c Ils sont passés ces jours de fête1 et Dieu sait s’ils reviendront jamais. Cependant, je ne t’ai jamais plus ni mieux aimé qu’à présent et jamais je n’ai eu tant le besoin d’être avec toi, rien qu’avec toi. Je t’aime tant et si bien que le bon Dieu nous doit un petit voyage cette année.

Juliette


Notes

1 « Ils sont passés ces jours de fête, ils sont passés, ils ne reviendront plus » : ariette du XVIIIe siècle. « Ils sont passés ces jours de fête » est aussi le titre d’une lithographie de Philipon publiée vers 1830.

Notes manuscriptologiques

a « quand ».

b « hurah ».

c Le trait court entre les deux points d’exclamation et occupe toute la ligne.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.

  • Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
  • MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
  • 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
  • MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
  • 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
  • 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
  • 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.