29 octobre 1837

« 29 octobre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 325-326], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7548, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour toi, mon Toto bien aimé. Je ne suis pas encore dans mon bain et ce n’est pas sans frémir que je pense à l’intervalle qui sépare mon déjeuner de mon estomac. Car depuis hier, tu le sais, je crève de faim. Il est bien possible que je fasse la gouillafre et que je mange dans mon bain. J’espère que ce n’est pas lui qui t’a empêché de venir cette nuit. Tu n’es pas Joseph à ce point-là1 ? Pauvre petit Toto. Si tu as travaillé cette nuit tu auras eu bien froid car ce matin encore, malgré le mince rayon de soleil qui revient à ma croisée, j’ai un froid de loup. C’est à présent surtout que je regrette de ne pouvoir pas te faire la surprise en question, une bonne robe de chambre et son pantalon en bonne étoffe de laine bien chaude. Mais nous sommes pauvres comme Job. Je ne me plains pas car je sens bien qu’après tout nous sommes les plus heureux gens de la terre. Nous nous aimons si bien. Jour mon cher petit homme. Jour on jour. À bientôt.

Juliette


Notes

1 Cette allusion à Joseph dans le contexte du bain entrecroise deux épisodes bibliques : d’une part celui de la « chaste Suzanne » prenant son bain et attirant le regard concupiscent des vieillards et, d’autre part, celui de Joseph repoussant les avances de la femme de Potiphar.


« 29 octobre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 327-328], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7548, page consultée le 24 janvier 2026.

Pauvre bien-aimé. Je ne peux pas te dire à quel point je suis triste en voyant ce qui se passe autour de toi. C’est si déloyal et si étrange qu’on en est tout stupéfait. Ce ne serait rien si je ne sentais pas que c’est ta santé et tes yeux qui pâtiront de tout cela. Et ta santé et tes yeux c’est mon bonheur et ma joie. Je voudrais presque qu’on te refusât les registres à la Comédie-Française pour avoir le plaisir de t’épargner un travail fastidieux1. Tu peux être sûr du soin et de l’attention que j’apporterai dans ce travail si besoin était. Tes affaires me tiennent plus à cœur que les miennes propres, je t’assure. Te voilà parti, mon pauvre petit homme, peut-être pour toute la soirée et je ne t’en voudrai pas parce que je sais que tu es accablé de souci et de travail.
Si je pouvais prendre autant de part de ce dernier que j’en prends du premier, tu serais moins fatigué et moi plus soulagée, car je souffre de te savoir sans repos et sans tranquillité.
Soir mon To, soir mon petit o. Je lis les journaux. C’est pas toujours amusant et j’aime mieux penser à toi et t’écrire. Je t’aime mon Victor adoré. Je t’aime. C’est t’adorer que je veux dire car je t’aime à genoux comme un vrai bon Dieu que tu es. Je baise tes petits pieds.

Juliette


Notes

1 Victor Hugo est alors en passe d’intenter un procès au Théâtre-Français pour non-respect des engagements quant au nombre de reprises prévu pour ses pièces. Il a donc pu demander à consulter les registres des recettes, cherchant ainsi à prouver le bon accueil des représentations et leur nombre, et à vérifier le pourcentage de ses droits versés.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.

  • 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
  • 26 juinLes Voix intérieures.
  • 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
  • 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.