« 25 février 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 207-208], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11365, page consultée le 24 janvier 2026.
25 février [1837], samedi soir, 5 h.
Je t’en fiche que vous viendrez me chercher pour sortir, vous êtes pas si bête que
de
me faire profiter du beau temps. Cependant j’aurais beaucoup aimé à faire 8 lieues à
pied aujourd’hui avec vous.
Jour, vieux Toto, je suis très geaie parce que j’ai été à peu près bien ....... cela peut se faire mais ... cela doit se taire paix. Je
vous disais donc que j’étais très geaie, pour un tout petit bout de bonheur, pas plus
grand que rien du tout, que vous m’avez donné ce matin. Que serait-ce si vous
m’emmeniez un grand mois sur les bords de la mer, je suis capable de revenir aussi
grosse que Mlle George1 mais vous n’êtes pas un homme sur lequel on puisse compter pour
faire de ces surprises là, vous êtes trop vieux, trop laid et trop bête. Mais je
m’amuse à vous écrire des billevesées au lieu de me faire belle et de me parer pour
une VISITE MYSTÉRIEUSE que j’attends dans le silence de
la nuit. En vérité on n’est pas plus absurde que moi et surtout plus amoureuse que
je
ne le suis de vous.
Juliette
1 Mademoiselle George, Marguerite-Joséphine Weimer était la fille de Jean-Martin (dit George) Weimer, né à Mannheim. Elle a créé en 1833 les rôles de Lucrèce Borgia et de Marie Tudor. Elle avait été sous l’Empire la maîtresse de Napoléon, puis, à l’époque romantique, de Harel, directeur du Théâtre de l’Odéon, puis du Théâtre de la Porte-Saint-Martin. D’une beauté sculpturale, elle avait fini par prendre un embonpoint dont on se moquait volontiers, comme le fait ici Juliette.
« 25 février 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 209-210], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11365, page consultée le 24 janvier 2026.
25 février [1837], samedi, 5 h. ¼ du s[oir]
Je commence à m’impatienter contre Mme Lanvin, je n’aime pas que la pension de cette enfant
traîne en longueur. Quel ennui quand on est obligé de se servir d’autrui pour faire
ses affaires. Quelque paiement qu’on mette à leur service, on est toujours mal ou
point servi du tout.
J’aurais bien désiré voir MARIE TUDOR1.
Cependant je [sais ?] [sens ?] bien que tu ne peux pas m’y conduire,
pauvre enfant, aussi je me résigne tant bien que mal et je profite de cette petite
mortification pour t’aimer davantage encore. Depuis que tu es parti je n’ai pas encore
eu le temps de faire ma toilette. Mais je suis si bien accoutumée de te donner mon
cœur et ma pensée avant de penser à rien pour moi, qu’il semble qu’il me manque
quelque chose quand je ne l’ai pas fait.
Je t’aime, mon Victor bien aimé. Je
t’adore mon grand et sublime enfant. Je t’aime de toutes les affections à la fois
et
je voudrais te donner ma vie, comme je te donne mon âme. Jour. Jour. Viens que je baise vos GROSSES BAUTTES.
Juliette
1 Marie Tudor a été créé en 1833 à la Porte-Saint-Martin.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
