27 février 1850

« 27 février 1850 » [source : MVH, α 8342 et α 8343], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12586, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour de toutes mes forces et avec toutes sortes de tendresses, bonjour. Comment vas-tu ce matin, mon cher petit homme ? Moi je vais bien mais je suis furieuse contre moi et contre ma marquise1. Figure-toi que je l’ai trouvée en proie à une migraine [enragée ?], qu’elle avait décommandé sa soirée et qu’elle ne m’avait rien fait dire pour me forcer à venir la voir. Malheureusement je n’ai pas le cœur à répondre à ces aimables préférences surtout quand elles me privent du bonheur de te voir. Aussi ai-je été fort désappointée, non pas de ne pas entendre chanter l’air du Prophète2, mais d’avoir manqué l’occasion de te revoir. Je suis rentrée chez moi à dix heures assez penaude, comme tu dois le penser. En passant devant ta maison je t’ai envoyé une bouffée

2e feuille, 27 février, mercredi matin 8 h.

de baisers. J’espère qu’elle aura trouvé moyen de passer par-dessous la porte et de se répandre autour de vous, sur vous et dans vous.
Dites donc, mon amour, mais c’est fort bête ce qu’il m’arrive là, comment je m’impose le devoir stupide d’aller à cette soirée pour ne pas désobliger ma marquise. Je lui sacrifie la chance de te voir et tout cela pour rien. Encore une fois ce n’est pas Lacombe que je regrette, ni la musique ni les musiciens, mais le bonheur presque probable de te revoir le soir. En vérité je suis presque tentée d’en vouloir à cette pauvre femme de son excès d’amitié pour mon AIMABLE personne. Si elle n’avait pas été si malade je le lui auraisa dit sans ménagements.
Baisez-moi, vous, et taisez-vous, je vous aime. Je baise vos quatre petites pattes blanches, y compris les insignes de votre souveraineté3.

Juliette


Notes

1 Madame de Montferrier.

2 Opéra français de Meyerbeer, créé triomphalement en avril 1849 avec Pauline Viardot (le livret de Scribe évoquait une révolte populaire, renvoyant à l’actualité de la République). Visiblement on en chante déjà les airs dans les salons.

3 Il doit s’agir de la chevalière qu’il portait à la main gauche (portrait de 1848 par J.-B. Lafosse, BNF).

Notes manuscriptologiques

a « aurait ».


« 27 février 1850 » [source : MVH, α 8344 et α 8345], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12586, page consultée le 25 janvier 2026.

Je vous attends, mon petit homme, je vous aime, cela va sans dire, et je vous désire ce qui ne peut pas être autrement. De votre côté dans quelles dispositions êtes-vous pour moi ? Quand viendrez-vous, comment m’aimez-vous et qui préférez-vous ? Répondez sans amphibologie et sans la moindre préparation camphrée. En attendant votre réponse je prépare tout ce qu’il me faut pour vous accompagner. Dès que je vous aurai conduit à votre boutique, je reviendrai prendre un bain et je ne bougerai plus de chez moi de toute la soirée, quelles quea soient les instances et les musiques de mes marquis1 je veux rester chez moi à vous attendre

2e feuille, 27 février [1850], mercredi, midi ½.

non seulement aujourd’hui mais tous les jours où j’aurai quelque espoir de vous voir. Je ne veux plus me laisser confisquer par des préjugés de politesse. Je veux redevenir la sauvage Juju comme devant et encore plus si c’est possible. Du reste vous avez fait la conquête de mes aristos. Ils ne sont pas difficiles comme vous voyez. Voime, voime. J’en connais bien d’autres comme eux et sans me compter encore.
Toto, quand viendrez-vous ? J’ai déjà bien des fois consulté ma pendule pour savoir combien de temps j’avais encore à attendre. Vous seriez bien aimable d’abréger mon supplice en venant de bonne heure. Mon cher petit homme si tu savais comme je t’aime et avec quelle impatience je t’attends tu viendrais tout de suite.

Juliette


Notes

1 Les Montferrier.

Notes manuscriptologiques

a « quelques ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle

  • 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
  • 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
  • 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
  • 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
  • 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
  • 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.