« 17 mai 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 185-186], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12077, page consultée le 24 janvier 2026.
17 mai [1845], samedi matin, 9 h. ½a
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour, mon cher petit homme adoré,
bonjour, mon Toto, je t’aime. Plus je suis méchante et plus je t’aime.
L’un ne va pas sans l’autre. Tu as raison de me pardonner puisque c’est
une conséquence, non de mon mauvais caractère, mais de mon trop grand
amour.
Cher bien-aimé, c’est bien vrai que je t’aime trop. J’ai
mis toute ma joie, toute ma vie, tout mon bonheur en toi, c’est ce qui
fait que je suis si malheureuse de ne pas te voir autant que j’en ai
besoin. Hier au soir j’avais pleuré jusqu’au moment où tu es venu sans
pouvoir me retenir. Souvent cela m’arrive sans que tu t’en
aperçoivesb parce que je fais tous mes efforts pour te le
cacher, sentant combien c’est peu raisonnable et injuste envers toi qui
fais tout ce que tu peux pour me donner les quelques minutes que tu
arraches à des occupations sans nombre et à des affaires multipliées.
Aussi, mon bon ange, quand je cède à ma tristesse, il faut qu’elle soit
plus forte que tout mon courage. Tu fais bien dans ce cas-là de me
pardonner puisque je souffre au-delà de toute expression. Je t’en
remercie du fond de l’âme et je t’en aimerais encore davantage si
c’était possible.
Juliette
a Les pages de la lettre ont été numérotées de 1 à 4 par une autre main que celle de Juliette.
b « tu t’en aperçoive ».
« 17 mai 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 187-188], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12077, page consultée le 24 janvier 2026.
17 mai [1845], samedi après-midi, 3 h. ½
Merci, mon bien-aimé, d’être venu tantôt, merci, mon doux bien-aimé,
merci du fond du cœur. Je te SOURIS. Je vais prendre un bain pour me
détendre un peu les nerfs que j’ai très grippés depuis deux ou trois
jours. Si tu viens, tu me trouveras dans l’eau jusqu’au cou et pour peu
que tu aies le temps de me voir faire mes ablutions, tu me verras comme
Vénus sortant, etc......a Le reste t’est trop connu pour que je te le répète.
Jour, Toto, jour, mon cher petit
o, je t’aime. Eulalie m’a
proposé de mener Claire
dimanche prochain chez M. Varin. J’aime mieux que ce soit elle que la mère
Lanvin parce que la mère
Lanvin n’est rien moins que solide et qu’elle vous fait faux-bondb au moment où on en a
le plus besoin.
Cher adoré bien-aimé, amour de ma vie, ma joie,
oui, ma joie, mon Victor, comment te remercier
de toutes tes bontés ? Si l’amour peut payer les dettes de la
reconnaissance, je suis en fonds, autrement je ne sais pas comment
j’aurais pu m’acquitter envers toi de tout ton généreux dévouement. Oh !
mais je t’aime encore plus que tu [plusieurs mots
illisibles]. Je t’aime, je t’aime, je t’aime.
a Six points de suspension.
b « faux-bon ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
