« 12 mai 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 165-166], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12072, page consultée le 24 janvier 2026.
12 mai [1845], lundi matin, 10 h. ¾
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour, mon adoré petit Toto, bonjour, mon bien, ma vie, ma joie, mon bonheur, bonjour, je t’aime. Comment vas-tu ce matin ? As-tu retrouvé ta petite clef ? Nous l’avons cherchée ce matin dans la salle à manger et le sable du jardin mais inutilement. Il n’est pas probable que tu l’auras perdue chez moi. Du reste, mon cher amour, il a fallu que je me sente bien souffrante cette nuit pour ne pas m’engager à être prête à quelque heure du matin que tu aies voulu. Ce que je craignais est arrivé en partie et c’est à grand peine si je me suis levée tout à l’heure en proie à un affreux mal de tête compliqué de maux d’entrailles sans parler d’un pied que je ne sais comment poser à terre. Tu vois, mon bien-aimé, que je n’avais que trop raison de ne pas m’engager à être prête à sortir à midi puisqu’ila est déjà onze heures et que je ne sais pas encore où j’en suis tant je suis malingre et blaireuse. Je m’en veux. Je suis furieuse contre moi. Je suis triste de penser que je perds l’occasion d’être une heure avec toi. Et cependant je sens que tous mes efforts et tout mon courage n’arriveraient pas jusqu’à me faire être prête dans une heure. Décidément, je ne suis pas chanceuse, mon Toto. Ce n’est pas d’aujourd’hui que je le sais et cela n’en est pas plus consolant. Je t’aime, je t’adore.
Juliette
a « puisque il ».
« 12 mai 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 167-168], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12072, page consultée le 24 janvier 2026.
12 mai [1845], lundi soir, 10 h. ¼
Je ne te vois pas, mon Toto, tu t’en tires toujours par quelque
aimablea et
douce parole, mais en réalité, je ne te vois pas du tout si ce n’est à
l’état de MÈRE GIROFLÉEb ou de MÉTÉORE. Tu traverses mon vestibule comme
un éclair. Si tu crois que cela peut suffire à mon bonheur, tu te
trompes. Je te dirai même que, loin de suffire à mon bonheur, cela me
rend très malheureuse. Je fais, tu le sais, contre
fortune bon cœur, mais intérieurement je suis triste et
découragée. Tu m’avais promis des monceaux de chosesc et de bonheur et tu
ne me tiens pas parole. Cependant j’ai bien attendu et bien désiré et
bien soupiré après le moment qui devait me donner toutes ces joies et je
ne vois rien venir. À force d’espérer, je désespère. Je crains que le
bonheur, le vrai bonheur, ne reviendra plus
jamais et mon pauvre cœur se serre d’avance.
J’ai eu aujourd’hui
la visite de cette bonne et honnête mère Rivière que je n’avais pas vue depuis cinq mois. C’est
une excellente femme, mais peu amusante par le fait. Elle s’en est allée
à neuf heures. La penaillon est
venue dans la journée apporter le coupon de Damas pour le prix que tu
m’en avais fait offrir. Je lui ai dit de le laisser, mais que je ne
savais pas si tu n’avais pas changé d’avis depuis. Elle avait un pot
bleu en faïence que je me suis permisd d’acheter malgré notre misère parce
qu’il fait une garniture complète{« complette »} avec les deux
bouteilles bleuese. Il
est fêlé et très fêlé. Je l’ai payé 2 francs.
Je crois que tu ne me gronderas pas. Tu le verras sur mon meuble en
laque. En attendant, j’aimerais bien mieux te voir et dépenser tout cet
argent en CULOTTES.
Juliette
a « quelqu’aimable ».
b « mère girofflée ».
c « de chose ».
d « je me suis permise ».
e « bleu ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
