« 27 juillet 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 303-304], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11749, page consultée le 24 janvier 2026.
27 juillet [1844], samedi matin, 11 h. ¾
Bonjour, mon cher amour, bonjour, mon adoré, bonjour, je t’aime. Je me hâte de te
la
gribouiller parce que je suis déjà en retard. C’est tantôt que Claire vient ainsi
que
la mère Lanvin et toute sa marmaille. C’est
aujourd’hui mon peignage à fond. Tu vois, mon pauvre adoré,
qu’il faut que je me dépêche beaucoup pour être sous les armes quand tout ce monde
arrivera. Depuis ce matin, je frotte et j’époussette sans en être plus avancée car
la
poussière du plâtre revient au fur et à mesure1. Ce que j’en ai fait, c’était pour
l’acquita de ma conscience ;
maintenant, je ne m’en occuperai plus.
Je t’aime toi, je t’adore vous, tu le
sais, n’est-ce pas ? Je veux que tu en sois sûr ou je te fiche des coups. Voilla ma vollonté. Je n’ai pas dormi
hier et si je n’avais pas eu mal aux intestins j’aurais été très
aimable. Ce soir, j’espère que vous m’en direz des nouvelles. En attendant, je
vous aime comme un chien enragé ou comme une dératée ou comme tout ce qu’il y a de
plus fort dans toute la nature.
Juliette
a « l’acquis ».
« 27 juillet 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 305-306], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11749, page consultée le 24 janvier 2026.
27 juillet [1844], samedi soir, 5 h.
Ah ! Vous vous fichez de moi ! Ah ! Vous m’apportez… des épluchures, pour parler proprement, ah ! Vous compromettez ma dignité ! Ah ! Vous êtes un monstre d’ironie ! Ah ! mais je vous ficherai des coups sur votre pifa d’académicien et vous verrez après si je me mouche des piedsb quand on se moque de moi. Je ne trouve pas le portier de M. de Rougemon aussi ridicule que vous voulez bien le dire et je me déclare hautement de son école. Je veux que vous m’apportiez tous les jours au moins sept lettres intéressantes et pas piquées des vers, je suis lasse de ces dernières, j’en veux d’un autre tonneau. Sinon, vous verrez ce que je vous ferai, toujours d’après le système du portier rougemontien1. En attendant, je voudrais bien ne pas vous attendre longtemps ; j’ai déjà de l’impatience par-dessus la tête, je voudrais bien la remplacer par un peu de bonheur etc d’amour. Ne faites pas la sourde oreille, mon cher adoré, et revenez bien vite auprès de votre pauvre Juju qui vous aime de toute son âme. Clairette n’est pas encore arrivée. Le père Lanvin l’aura été cherchée tard et son petit nez sera légèrement cartonné2 car elle m’avait suppliée de l’envoyer chercher de bonne heure. Pauvre enfant, il faut qu’elle apprenne à attendre si elle doit avoir le même sort que sa mère. Je t’aime.
Juliette
1 À élucider.
2 Avoir un nez de carton : être mystifié.
a « piffe ».
b « des pied ».
c « bonheuret ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
