« 22 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 195-196], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11514, page consultée le 25 janvier 2026.
22 décembre [1843], vendredi matin, 10 h. ½
Bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour mon adoré, bonjour mon cher petit homme.
Je compte sur ta promesse et je vais me dépêcher de m’habiller pour ne pas perdre
une
goutte du temps que tu auras à me donner.
À peine as-tu été parti hier qu’il
m’est arrivé les trente-six infortunes de Jocrisse1. J’ai culbuté par derrière moi le pot de
Suzanne dans lequel était le bouquet de ma
fille et de l’eau. Je me suis mouillée jusqu’aux os. Il m’a fallu ranger tout de suite
et nettoyer la table dont la dorure ne s’est pas trouvéea très bien. Pendant que je faisais mon
opération j’avais posé ma lampe à terre et elle s’est mise à brûler tout doucement
le
bord de ma table de chêne. Heureusement que je m’en suis aperçue avant que le dégât
ne
fût trop grand. Mais le plus beau de l’affaire, c’est que je me suis couchée avec
mes
deux chemises mouillées pour ne pas effractionner votre
verrou. Je ne me suis rendue compte qu’après être couchée que je pouvais changer de
chemise sans sortir de chez moi.
De tout cela, tant de tuer que de blesser, il
n’y a personne de morte. Mais je n’ai presque pas dormi. J’espère qu’il ne te sera
rien arrivé d’analogue à mes infortunes, mon cher petit, et que tu auras pris quelque
repos dont tu avais grand besoin. Dans cet espoir, et comptant sur la bonne promesse
que tu m’as faite, je vais me dépêcher de m’apprêter tout de suite. Je t’aime mon
Toto, je t’adore mon Toto.
Juliette
1 Allusion aux Vingt-six infortunes de Jocrisse, ensemble de pièces de théâtre écrites par Beaunoir en 1814.
a « trouvée ».
« 22 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 197-198], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11514, page consultée le 25 janvier 2026.
22 décembre [1843], vendredi après-midi, 2 h. ½
Hélas ! mon pauvre petit homme, à quoi me sert d’être prête depuis une heure si ce
n’est à attendre avec encore plus d’impatience que les autres jours en bonheur que
tu
m’as fait espérer et qui n’en vient pas plus vite. Je sais bien que tu es occupé,
je
n’en doute pas, mais est-ce que tu ne peux jamais te dégager d’aucun devoir envers
les
autres pour en remplir un de temps en temps envers moi ? Je suis triste, mon Toto,
je
finis par ne plus croire à rien et par douter de ton amour.
Sans doute si ce
retard était le premier, ou n’arrivait que rarement, je serais une méchante et une
insensée de me plaindre et de t’accuser. Mais c’est ma vie depuis un bout de l’année
jusqu’à l’autre et, ce qui ne serait qu’une contrariété à peine perceptible pour tout
autre, devient un mal très cuisant et très douloureux pour moi. Cependant, mon pauvre
ange, je te sais gré au fond de la bonne intention que tu as euea en me faisant cette promesse hier. Je sens
qu’il faut que tu sois bien empêché pour me manquer de parole encore cette fois. Aussi
je me plains du sort mais pas de toi. Je t’aime trop pour t’en vouloir.
Juliette
a « eu ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
