« 14 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 203-204], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10766, page consultée le 24 janvier 2026.
14 octobre [1843], samedi matin, 9 h. ½
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon adoré, bonjour. Comment va ta petite oreille
mon cher petit ? Comment va ton cher petit cœur ? M’aimes-tu ce matin ? Moi je vous
aime, que je dorme ou que je veille, je vous adore. J’ai rêvé de vous toute la nuit
mon pauvre amour et je me suis surprise citant Pascal avec
autant d’à-propos que vous.
Je vous dirai que la soucoupe a fait pousser des
rugissements d’admiration à ma servarde : Dieu de
Dieu la belle SEcoupe ! Moi qui ne sais pas aussi bien [envoyer ?]
qu’elle, je l’admire en dedans et je remercie mon cher petit, petit Toto de me l’avoir donnée. Je remercie mon grand Toto d’avoir bien fait
la commission. Je lui donne ma PEAU en retour, ma vie, mon cœur et mon âme.
Bonjour, mon pauvre ange. As-tu pris du repos cette nuit, mon adoré ? Il ne faut pas
te fatiguer dans ce moment-ci, mon Toto chéri, plus tard il sera toujours assez temps.
Si tu voulais, nous pourrions vendre quelque chose. Tu sais si je te dis cela du fond
du cœur mon bien-aimé ? C’est toujours une joie pour moi quand je crois que j’allège
ton fardeau. Aussi, mon pauvre bien-aimé, après le bonheur de t’aimer, tu ne peux
m’en
donner un plus grand que de partager avec toi le fardeau de mes besoins. Crois-le
bien
mon Toto bien-aimé et n’hésite pas. N’oublie pas mon amour qu’il faut que tu me mènes
chez ma fille aujourd’hui. Je vais me laver et m’apprêter. Je t’attendrai sous les
armes.
Bonjour mon petit Toto. Jour mon cher
petit homme. Pense à moi et aime-moi. De mon côté je ne manquerai pas d’en faire
autant. Il ne faut pas laisser ma Dédé dans
la tristesse, pauvre enfant, si douce et si tendre. Il faut prendre garde de laisser
le chagrin prendre trop de forces sur une si charmante créature. Je baise tes petits
pieds à toi.
Juliette
« 14 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 205-206], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10766, page consultée le 24 janvier 2026.
14 octobre [1843], samedi soir, 3 h. ¼
Ma pendule retarde, mon adoré, et il est déjà trois heures un quart. Je tremble que
tu n’oublies ta promesse ou qu’il te soit venu des affaires ou des visiteurs. J’ai
cependant bien besoin de tirer cette histoire de pension à claire car je suis plus
tourmentée que je n’ose me l’avouer à moi-même sur cette sortie sans nom que Mme Marre a
permise.
Il vient de venir tout à l’heure la bonne de la nouvelle Penaillon fort affairée me dire que sa maîtresse
avait des remboursements sur lesquels elle ne comptait pas et que si je pouvais, sans
me gêner, lui donner tout ou partie des deux notes je lui rendrais le plus grand
service. Mais qu’elle me priait instamment de ne pas me fâcher de la liberté qu’elle
prenait. Je lui ai répondu que M. n’y était pas et que je ne pouvais pas lui donner
de
réponse avant ce soir ou demain matin. Voilà mon cher bijou la seule nouvelle
d’aujourd’hui. Je crois que nous pouvons, sans injustice, la remettre à quelques jours
ayant nous-mêmes des choses urgentes à payer et son dernier gilet ayant été rapporté
avant-hier seulement. Tu décideras cela mon Toto.
Je voudrais bien que tu
vinsses mon Toto pour deux raisons dont la première n’est qu’un prétexte pour te voir
plus tôt. Il fait un temps charmant quoique froid. Cela me fera du bien de sortir
outre le soulagement que j’attends de mon explication avec cette sotte maîtresse.
Pourvu qu’elle y soit encore. Pourvu que tu viennes aussi toi. Mon Dieu que c’est
donc
triste, pour une nature comme la mienne, d’attendre depuis un bout de la vie jusqu’à
l’autre.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
