« 18 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 55-56], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.155, page consultée le 26 janvier 2026.
18 janvier [1843], mercredi après-midi, 2 h. ½
Je viens de faire l’addition des gilets flanelle et façon comprises, cela les met
à
10 francs 15 sous 9 liards chaque. Ce que je prouverai à
ma blanchisseuse tout à l’heure facture en main. Nous avons acheté les modèles 10 francs pièce, mais il y a une immense différence dans la
qualité et dans la grandeur de ceux que nous avons fait faire qui compense trois ou
quatre fois les 16 sous qu’il y a en plus pour chacun d’eux.
Voilà mon petit bien-aimé, avec le compte du linge, tout ce que j’ai fait depuis que
tu es parti et je ne me suis pas amusée.
Maintenant j’ai ta tisanea et ma toilette à faire, mais ce ne
sera pas long car j’ai peu de goût à m’habiller, étant sûre, comme je le suis, de
ne
pas sortir et de ne pas te voir d’ici à minuit peut-être. Cet abandon dans lequel
je
vis me donne une apathie et un découragement de tout fort triste, mon pauvre ange.
Si
je ne savais pas que ce n’est pas ta faute, si je n’avais pas l’espoir de faire un
voyage au beau temps et si je ne croyais pas que tu m’aimes, je m’en iraisb crever dans quelque trou perdu comme une
bête fauve malade. Tu ne peux pas te figurer, mon pauvre ange, combien ces deux années
si stériles pour notre bonheur m’ont vieillie et m’ont abrutie. Je sens que si tu
ne
viens pas à mon secours bien vite, si nous ne voyageons pas, si nous ne sommes pas
au
moins deux ou trois mois au régime de l’amour le plus tendre et le plus passionné,
comme je le ressens, que j’en deviendrai folle si je n’en meurs pas. Ce ne sont pas
des exagérations que je te dis là, mon bien-aimé, c’est la vérité bien adoucie et
bien
ménagée pour ne pas t’effrayer. Mais je compte sur toi, mon cher adoré, plus que sur
le bon Dieu. Tu auras pitié de nous deux et tu nous donneras au printemps un bon petit
voyage bien long. S’il était aussi long que mon amour, il ne
finirait qu’avec lui. Mais, hélas ! Je n’en demande pas autant et si j’ai deux mois
bien pleins je serai la plus heureuse des femmes.
En attendant, j’en suis la
plus seule et la plus triste. Tâche de venir bien tôt, mon amour, et pense à moi avec
regret et avec tendresse. Je t’aime de toute mon âme.
Juliette
a « tisanne ».
b « irait ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
