6 janvier 1843

« 6 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 17-18], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.143, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour mon Toto bien-aimé. Bonjour mon petit homme chéri. Comment va le petit garçon, comment vas-tu aussi, toi mon adoré ? Le petit dérangement dont tu te plaignais n’aura pas eu de suite je l’espère ? J’espère encore que tu ne seras pas tombé sur le verglas de cette nuit et que tu seras rentré sain et sauf avec ton fameux col de chemise  ?
Il paraît, d’après tous les préparatifs que je vous vois faire depuis hier, que vous allez vous donner une bosse de toilette et de soirée un peu [illis.]. Moi, pendant ce temps-là, je tournerai mes pouces en vous attendant. Je sais bien qu’il faut que ce soit ainsi mais cela n’en est pas beaucoup plus consolant ni plus amusant pour ça. Enfin, mon pauvre ange, tâche de revenir le moins tard que tu pourras et prends toutes les précautions possibles pour ne pas t’enrhumer. Je te verrai, je l’espère, d’ici là car enfin tu n’iras pas à ta soirée depuis le matin jusqu’au soir contrairement à l’usage ? En revenant de ta répétition je te verrai, bien sûr, n’est-ce pas mon amour ? Pense à moi, mon Toto chéri, si seule et si triste quand tu n’es pas avec moi ! Cela te fera revenir plus tôt je l’espère.
Tâche de penser à m’apporter du papier si tu peux pour que je ne sois pas forcée d’en acheter. Nous avons bien d’autres manières de jeter notre argent par les fenêtres sans employer celle-là.
Baise-moi adoré, aime-moi et sois-moi bien fidèle mon Toto chéri. Prends garde d’avoir froid, mon pauvre petit homme, que je ne sois pas encore tourmentée de ce côté-là. Ne reste pas trop tard chez Bernard et ne sois pas trop gentil avec les faumes qui y seront. C’est ta pauvre Juju qui t’en prie et qui te baisera bien pour la peine.

Juliette


« 6 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 19-20], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.143, page consultée le 24 janvier 2026.

Tu tardes bien, mon cher amour, est-ce que tu es encore à ta répétition ? Le temps me paraît mortellement long tous les jours, mais plus encore aujourd’hui. Il me semble qu’il y a huit jours que je ne t’ai vu. Il est vrai qu’il y a un peu plus que ça que [je] ne t’ai vu, ce qui s’appelle VU au grand complet depuis pater jusqu’à amen. Si c’est ainsi jusqu’à la Saint-Sylvestre prochaine il y aura peu d’agrément. C’est aujourd’hui les Rois, à ce que dit l’almanach ; quant à moi, à moins de les faire avec Cocotte, je ne sais pas avec qui ni avec quoi je pourrais tirer la fève. Ceci serait un incident médiocre si j’avais la certitude que ton enfant va tout à fait bien, que tes affaires au théâtre sont comme tu le désires, si j’étais sûre que tu m’aimes et si je pouvais compter sur une culotte1 prochaine. Je ferais très bon marché de la fête des Rois et même je n’y penserais pas le moins du monde, puisque sans toutes ces compensations j’y pense fort peu et que je le regrette encore moins.
Je suis venue à bout d’utiliser mon petit anneau d’or, tu le verras à mon bras tout à l’heure. Je dis tout à l’heure avec une confiance digne d’un meilleur sort car Dieu sait quand tu viendras. Plus je t’attends, plus je te désire et plus je t’aime et moins tu viens. Voilà la règle. Cela ne vous empêchera pas de trouver le temps d’aller chez Bernard ce soir et moi voilà deux ans et demia que j’attends une vraie sortie ornée de tous les accessoires. Hélas !...

Juliette


Notes

1 Culotte : festin, bombance (fam.).

Notes manuscriptologiques

a « demie ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.

  • Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
  • 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
  • 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
  • PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
  • 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.