« 12 août 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 224-225], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7575, page consultée le 07 août 2026.
12 août [1836], vendredi après-midi, 5 h.
Je suis épuisée de fatigue et de chaleur. La bonne est arrivée il y a un quart
d’heure, je n’ai jamais pu me faire expliquer si ce serait M. ou Mme Lanvin qui
viendrait m’apporter la réponse ce soir. Au reste il importe peu. Cependant j’aurais
préféré que ce soit Mme Lanvin qui voiea M. Pradier[plutôt] que son mari, attendu qu’elle sait mieux que lui se faire
comprendre.
Je pense mon cher bijou que vous êtes à Fourqueux1. Par conséquent j’ai
moins de regret sur le mauvais dîner que j’aurais eu à t’offrir.
Cher bien-aimé,
je ne suis pas encore débarbouillée. J’ai travaillé jusqu’à présent, aussi tout est-il
propre comme un [sou ?]breton2.
Je vous aime mon Toto quoique vous m’ayez fait beaucoup de
chagrin hier, et que je sois encore sous la terreur de n’avoir pas le portrait à la
manière dont vous prenez séance. Je vous aime malgré tout, je vous aime mon Victor
chéri, non pas parce que vous êtes le plus méchant, le plus laid et le plus stupide
des hommes, mais parce que je vous aime. Parce que je vous ai donné mon cœur, mon
sang, ma pensée, ma vie.
J.
1 Cet été-là, Victor a loué une maison à Fourqueux, entre Saint-Germain-en-Laye et Marly-le-Roi, pour sa famille et ses amis. Il fait des allers et retours fréquents depuis la Place royale.
2 La comparaison de Juliette s’entend ici par antiphrase : voir la réputation de saleté faite à la Bretagne dans les récits de leurs voyages par Victor.
a « voye ».
« 12 août 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 226-227], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7575, page consultée le 07 août 2026.
12 août [1836], vendredi soir, 8 h. ½
Cher bien-aimé j’ai vu Madame Lanvin. J’ai
dîné avec elle, elle vient de s’en aller. Elle a vu M. Pradier qui a approuvé tout
ce
que nous avions fait et à l’avenir il veut qu’il en soit toujours ainsi. Nous avons
fait un maigre dîner mais comme je pense que tu es à Fourqueux, je n’en suis pas
fâchée.
Mon cher petit Toto je vous aime de toutes mes forces, de tout mon cœur.
Je suis triste et ennuyéea, je ne sais pas pourquoi ! ou plutôt je le sais trop, c’est que
vous êtes absent.
Cher petit homme je t’assure que c’est un grand sacrifice que
je te fais en te faisant celui de ma liberté. C’est une bien grande preuve d’amour,
que jamais j’en suis sûre aucune femme au monde ne consentirait à faire à tout jamais,
comme je te l’ai fait depuis bientôt trois ans. Je ne te dis pas cela pour me faire
valoir, car je t’aime et d’ailleurs il y a des moments (ceux de ton absence) où je
souffre tellement, et où ma nature se révolte tellement contre cette dépendance qu’il
ne faut pas m’en savoir d’autre gré que celui de m’aimer, parce que je t’aime plus
que
tout au monde.
J.
a « ennuiée », graphie d’époque.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
