« 14 avril 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16342, f. 37-38], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9208, page consultée le 24 janvier 2026.
14 avril [1840], mardi, midi
Bonjour mon cher petit bien-aimé, bonjour mon amour, bonjour je t’aime de toute
mon âme. Le Manière venait de venir
lorsque je me suis levée. Dans son ardeur impatiente il avait devancé l’heure.
Bonne chance mais je suis comme toi frappée de l’aveuglement de ce pauvre
Manière qui s’imagine que les places de mille écus tombent à point nomméa toutes rôties dans son hideux
bec. Enfin te voilà délivré pour longtemps d’une persécution du même genre car
je ne le lui laisserai pas ignorer la première fois que je le verrai (et il a
dit qu’il viendrait tantôt ou demain) que tu ne peux pas recommencer tous les
jours ce genre d’exercice et que, quant au préfet, c’est fini pour
toujours.
J’ai passé une heure tout à l’heure à m’arranger les pieds. J’en
souffre horriblement, je ne sais plus qu’y faire, j’ai mis des bas de coton
mais cela ne m’empêche pas de souffrir. Cependant si tu veux me faire sortir
avec toi tantôt j’irai, fût-ceb
sur la tête, je vais même me dépêcher de me coiffer, de déjeuner et de
m’habiller pour que tu sois tenté de m’emmener avec toi. Jour Toto, je t’aime mon amour. Je t’adore
mon ravissant Toto. Je t’aime plus que jamais. Je t’aime mieux que jamais, je
t’aime, je t’aime, je t’aime. Il fait bien beau aujourd’hui et si tu viens me
chercher je serai bien joyeuse. Je crois que la pauvre petite bête de bon Dieu
est morte, elle ne bouge pas même au soleil ; enfin j’aurai fait ce que j’ai pu
et je n’ai pas cette mort sur la conscience. Je t’aime.
Juliette
a « nommés ».
b « fusse ».
« 14 avril 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16342, f. 39-40], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9208, page consultée le 24 janvier 2026.
14 avril [1840], mardi soir, 6 h. ¾
Vous n’êtes pas revenu me chercher affreux homme que vous êtes, j’aurais
cependant été bien heureuse de clopiner à votre bras à l’air et au soleil,
tenez vous êtes un vieux blagueur que j’aime trop pour mes péchés.
Je n’ai
pas revu le Manière et j’aime autant
ça, j’ai travailléa comme
un chien et j’ai enfin fini ma chemise y compris les fioritures dont je l’ai
surchargée. C’est au tour de l’autre à présent ; baisez-moi vieux Toto et
repentez-vous de me laisser toujours seule dans mon pauvre coin. Je voudrais
savoir si vous avez aussi fini votre volume1 ? Vous deviez le finir
hier et me donner une petite culotte…
mais hélas ! hier est passé et aujourd’hui et je ne vois luire aucune culotte à l’horizon. Combien comme celle-ci seb sont éclipséesc avant d’avoir montré le bout
de leur nez ? – Hélas !!!!!!!d
Tout ça n’empêche pas que je vous aime et que je vous adore parce que je
suis incorrigible et que plus je vieillirai et plus je serai enragée de vous ;
c’est consolant, n’est-ce pas ? À propos de consolation j’ai envoyé chercher
votre vinaigre et le mien, c’est encore une brèche à notre caisse, et puis j’ai
payé le loyer PHAME ! Enfin toute la
grosse somme que vous m’avez donnéee tantôt y a passé. Mais j’ai de l’argent de reste de celui
que tu m’as donné avant-hier ainsi repose-toi et viens déjeuner avec ta Juju
qui t’aime et qui t’adore.
Juliette
1 Il s’agit du recueil Les Rayons et les ombres.
a « travailler ».
b « ce ».
c « éclipsée ».
d Sept points d’exclamation courent jusqu’au bout de la ligne.
e « donné ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
