« 9 octobre 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16336, f. 25-26], transcr. Élise Capéran, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3404, page consultée le 25 janvier 2026.
9 octobre [1838], mardi après-midi 1 h. ¼
Je ne m’étais pas trompée, mon amour, en vous croyant à Boulogne, aussi une autre
fois je m’en rapporterai à mes pressentiments et quand je vous croirai en bonne
fortune je me livrerai à toutes les recherches et à toutes les vengeances possibles
parce qu’alors ce sera très vrai comme tout le reste.
Je devrais m’habiller si
vous venez me chercher pour aller chez vous mais je ne peux pas faire autrement que
de
vous écrire. Je suis déjà en arrière et si je me laisse endetter je ne pourrai plus
me
rattraper. Je viens d’écrire à la mère Pierceau et à ma faiseuse de corset. J’ai encore la dépense à compter,
votre tisane à faire et moi à peigner et à débarbouiller. Je n’aurai jamais fini avant
ce soir. Vraiment je ne sais pas comment cela se fait ni comment je m’en tirerai quand
je serai au théâtre mais je n’ai pas une minute à moi et je ne peux même pas venir
à
bout des choses quotidiennes de la vie. Je n’ai pas encore pu ni copier ni étudier
ce
rôle, c’est hideux. Je m’impatiente et je me fais mal en voulant tout faire. C’est
absurde et impossible. Je t’aime, voilà ce qui m’occupe et ce que je fais bien et
tout-à-fait.
Juliette
« 9 octobre 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16336, f. 27-28], transcr. Élise Capéran, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3404, page consultée le 25 janvier 2026.
9 octobre [1838], mardi après-midi, [illis.] ½
Voici votre petite lettre mon amour. L’autre que je viens de finir n’était qu’un
arriéré d’hier, celle-ci est toute fraîche et d’aujourd’hui, et toute tendre comme
le
pain du boulanger. Malheureusement d’ici à ce que vous la lisiez elle aura le temps
de
se rassir et de se moisira mais cela ne me regardera pas, tant pis. Je n’aurai jamais le
temps de faire tout ce que j’ai à faire. Mon Dieu que les jours sont courts. Je
voudrais cependant bien aller voir votre taudis, vous [me ?] traînez en
longueur depuis cinq semaines mais je veux absolument que vous m’y meniez. J’ai des
pressentiments et des idées de jalousie qui ne se
calmeront que quand je serai assurée de quelque chose. Jusque là je serai irritée
et
nerveuse comme un chien à qui on fait de la mauvaise musique.
Je vous aime mon
Toto, savez-vous ça que je vous aime ? Je ne suis si méchante et si grognon qu’à cause
de cela. Si je ne vous aimais pas ou si je vous aimais moins je serais très bonne
et
très aimable.
Je vous aime, bonjour Toto.
Je t’aime.
Juliette
a « de se rassire et de se moisire ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
