« 10 août 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 37-38], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12163, page consultée le 01 mai 2026.
10 août [1842], mercredi matin, 8 h. ¼
Bonjour mon Toto bien aimé. Bonjour mon petit homme chéri. Comment que ça va ?
Comment va le petit garçon ?1 Si tu pouvais venir me le dire de bonne heure je serais
bien contente. Ne te tourmente pas mon petit homme chéri, tu verras que ton cher petit
enfant ira de mieux en mieux. Soigne-toi2, mon pauvre amour, et
dépêche toi de guérir pour que je sois bien heureuse. Je te promets de ne plus
m’informer du jour de la distribution du prix de Charlot3. Je ne veux pas
te troubler ce jour-là – puisque d’ailleurs cela m’est égal et que l’important était
que le gamin eût des prix et que tu fusses heureux. Mon tour viendra quand il pourra,
dès que tu seras guéri et que tu seras sorti tout à fait d’inquiétude sur ton petit
Toto, je deviendrai très exigeante et je te demanderai plusieurs culottes successives ; mais d’ici là je ne bouge
pas.
Tu paraissais bien triste cette nuit mon pauvre bien-aimé, cependant il n’y
avait pas de rechute et le petit garçon n’avait plus sa douleur dans le dos. Je crains
que ce ne soit fatigue et tourment d’argent pour moi. Si cela était, mon adoré, il
faut me le dire tout bonnement puisque nous avons encore quelques petites ressources,
il est tout simple que nous nous en servions dans des temps difficiles comme ceux-ci.
Pour moi, je serai trop heureuse de contribuer à te donner un moment de
tranquillitéa et de repos.
Pense à cela mon adoré et ne te gêne pas plus qu’avec toi.
Juliette
1 François-Victor Hugo se remet d’une grave maladie pulmonaire.
2 Victor Hugo souffre depuis plusieurs jours d’un mal de gorge et de goutte.
3 Charles Hugo a remporté un prix au concours général (il a remporté celui de thème latin en 1840) qu’il recevra lors d’une cérémonie en Sorbonne à laquelle son père va assister.
a « tranquilité ».
« 10 août 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 39-40], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12163, page consultée le 01 mai 2026.
10 août [1842], mercredi après midi, 2 h.
Mon petit bien-aimé, je vous adore mais je n’ose pas vous embrasser à cause de
l’affreuse chaleur qu’il fait. Peut-être ne vous en apercevez-vousa pas mais moi je suis
ruisselle, je n’en peux plus. Si ce temps continue, je suis capable de bouillir dans
mon petit coin comme une petite MARMITEb qu’on vient
d’écumer. Jamais je n’ai eu aussi chaud si ce n’est le jour où nous sommes allés de
CHOSE à CHOSE, comment donc ? avec pierre mal peigné tu sais bien ? J’espère que mes
impressions de voyage ne manquentc pas de charme ni de
pittoresque. Voilà comme je suis et je ne m’en fais pas honneur ni gloire parce que
je
suis modeste, moi ! Voilà ! Attrape ça champagne c’est du lard1, mais tout ceci ne me rafraîchitd nullement et j’ai plus chaud que jamais.
Mon cher
adoré, j’allonge la courroie tant que je peux pour ne pas te demander ce qui me tarde
pourtant bien de savoir. Comment va ton enfant ? Comment tu vas toi-même et si tu
es
toujours triste et si je te verrai bientôt ? Seulement comme je n’ai absolument que
cette pensée dans l’esprit et que ce besoin dans le cœur, dès que je l’ai dit, je
ne
sais plus de quoi remplir mes pages si ce n’est de baisers les plus tendres.
Juliette
1 « Attrape ça champagne, c’est du lard » : phrase goguenarde dont on se sert pour railler quelqu’un à qui l’on a joué un tour, et que l’on est parvenu à attraper, à prendre dans quelque piège (Dictionnaire du bas-langage ou des Manières de parler usitées parmi le peuple : ouvrage dans lequel on a réuni les expressions proverbiales… les sobriquets… les barbarismes…, C. d’Hautel, éditeur F. Schoell (Paris), 1808, BNF, Gallica).
a « appercevez-vous ».
b « marmitte ».
c « manque ».
d « raffraîchit ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
