« 28 octobre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16347, f. 65-66], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8013, page consultée le 01 mai 2026.
28 octobre [1841], jeudi matin, 10 h. ¼
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon adoré. Comment vas-tu ce matin, mon Toto ?
Vous n’êtes pas venu, mon amour, l’aria des tapissiers vous a effrayé1 ? Cependant, vous auriez pu vous transvaser, comme on dit, et j’aurais eu très soin que vous ne soyez pas
ennuyé, que vous ne manquiez de rien et que vous n’ayez pas de poussière dans vos
chers beaux yeux adorés. Vous êtes une bête.
Je vais commencer le déménagement
de ma chambre tout à l’heure et ça ne sera pas une petite affaire, attendu toutes
les
petites poteries et toutes les petites [foufonneries ?] qui
l’encombrent. Je voulais écrire bimbloteriesa2, mais comme je n’en sais pas l’orthographe je me suis servi de
l’autre mot qui répond à tout. Voilà comme chemin faisant il me vient des scrupules
à
l’endroit de la langue française, ce que c’est que
d’ [appartenir ?] à académicien. Ia ia
monsire matame il est son sarmes. Je filtre mes mots à présent dans les
petites éponges de ma mémoire, à l’instar de ces célèbres marchands d’eau trouble.
Au
reste, si ça ne fait pas de bien, ça ne fait pas de mal et ça vous donne l’occasion
de
vous moquer de moi à tire-larigotb. Dites donc, mon amour, il fait un temps ravissant
aujourd’hui et je donnerais bien des choses pour être avec vous sur le plus haut de
la
plus haute montagne à deux centsc
lieues de Paris. Hélas ! tout le bonheur du voyage sed sera réduit à 0 pour moi cette année3. Maintenant, je voudrais être au mois de juin
de l’année prochaine pour nous en aller vite vite. Ce jour-là, je serai bien heureuse
et je crierai bien fort : quel bonheur !!!! Maintenant je ne dis que : mon Toto, je
t’aime de toute mon âme.
1 La veille au matin, Juliette a averti Hugo de ces travaux, lui demandant de venir plus tôt mais craignant surtout que cela ne l’empêche de lui rendre visite.
2 Commerce : art de faire des colifichets ou jouets d’enfants et de les vendre.
3 Depuis 1834, Hugo et Juliette ont pris l’habitude d’effectuer un voyage de quelques semaines ou mois pendant l’été et le printemps mais en 1841, le poète est trop occupé par la rédaction monumentale du Rhin, et leur voyage annuel n’aura pas lieu.
a L’orthographe est correcte.
b « tirelarigo ».
c « deux cent ».
d « ce ».
« 28 octobre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16347, f. 67-68], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8013, page consultée le 01 mai 2026.
28 octobre [1841], jeudi soir, 9 h. ¾
J’ai décidément trop mal à la tête, mon amour, et je suis trop lasse pour copier ce
soir, mais cela ne m’a pas empêchéea
de lire mon trois-quarts de feuille et de trouver l’histoire
de la Suisse admirablement bien pendue à deux clousb1. Vous êtes mon ravissant petit bien-aimé que j’aime et que
j’adore, vous êtes mon pauvre petit frileux que je baise pour le réchauffer. Papa
est
bien I, mais il mange trop vite et salit trop de mouchoirs de poche.
J’ai un
affreux mal de tête et pour un rien je pousserais d’affreux cris. Cette baronne m’a paru moins sotte et moins pécore aujourd’hui que
les fois précédentes et je dois convenir en outre qu’elle m’a parlé très
raisonnablement sur ma fille et sur sa maison. Cependant, je regretterai toujours
la
modeste petite maison du faubourg Saint-Jacques avec la seule mademoiselle Hureau pour
maîtresse. Enfin, il faut savoir vouloir ce qu’on ne peut empêcher et dans l’intérêt
de l’enfant nous devons tâcher d’accepter cette madame Devilliers, qui après tout gagne à être connue2.
Mais je vous aime, moi, voilà surtout ce que j’ai à vous dire. Je n’ai même que
ça à vous dire. Je vous aime de toute mon âme et je voudrais être déjà au moment où
je
vous baiserai sur toutes les coutures et dessous et plus au fond encore. Soir Toto, reviens cette nuit, mon adoré, je n’ai ni
tapissiers ni blanchisseuse demain et je t’adore.
Juliette
1 Hugo est en train de terminer la Conclusion du Rhin.
2 Juliette et Hugo ont eu à gérer en mai-juin un petit contentieux avec la directrice de pension, ce qui a fait craindre à Juliette que sa fille puisse en pâtir.
a « empêché ».
b « cloux ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
