« 5 février 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16344, f. 111-112], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7603, page consultée le 24 janvier 2026.
5 février [1841], vendredi matin, 11 h. ¾
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon cher cher adoré. Claire est partie ce matin, c’est Mme Lanvin qui est
venue la chercher1 mais je ne l’ai pas vue, je dormais.
Dites
donc scélérat, vous êtes bien revenu ? Vous êtes un joli garçon, n’est-ce pas ?
Taisez-vous, vous mériteriez une dégelée de baisers sur votre hémisphèrea royal2 et je ne dis pas que je ne vous
la donnerai pas la première fois qu’il me tombera sous la bouche. En attendant, ne
vous exposez pas à des châtiments non moins terribles et ne me faites pas languir
indéfiniment après un moment de bonheur. Jour
Toto, papa est bien I. Je vous aime mon cher bien-aimé, je vous aime de toute mon âme, je vous adore
mon cher petit homme. C’est bien bien vrai du fond du cœur.
Je n’ai pas encore
des nouvelles de mon pauvre père, cela me paraît bien grave. La journée n’est pas
encore passée, peut-être en recevrai-je d’ici à ce soir mais je suis bien
tourmentée3. Le temps est toujours bien dur et bien
mauvais. J’espère, mon bon Toto, que tu ne travailles pas la nuit sans feu ? Ce serait
bien imprudent. Songe, mon cher adoré, combien tu as besoin de ta santé, sans parler
de mon désespoir si tu étais malade. Prends soin de toi mon cher bien-aimé, je t’en
prie de toute la force de mon amour.
Juliette
1 Claire, pensionnaire d’un établissement de Saint-Mandé depuis 1836, vient de passer deux jours de vacances chez sa mère. En général, ce sont les Lanvin qui vont la chercher et la ramènent lors des fins de semaine ou de ses congés.
2 Expression qui revient plusieurs fois sous la plume de Juliette Drouet, qui désigne ainsi sans doute la tête.
3 L’oncle de Juliette, René-Henry Drouet, est hospitalisé aux Invalides, très malade, et sa seconde femme, la dame Godefroy, lui donne des soins et envoie régulièrement par lettre de ses nouvelles à Juliette.
a « émisphère ».
« 5 février 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16344, f. 113-114], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7603, page consultée le 24 janvier 2026.
5 février [1841], vendredi soir, 5 h.
J’ai oublié de te dire, mon bien-aimé, que j’ai reçu une lettre de la femme qui
soigne mon père. Je l’ai décachetée ainsi que je t’en avais prévenu hier. Le pauvre
homme est toujours dans le même état. En même temps on m’envoie une permission de
le
voir tous les jours de midi à trois heures. La permission
peut servir toujours. Je te prierai, mon cher bien-aimé, de m’y mener le plus tôta possible, cela lui fera un très
grand plaisir j’en suis sûre, et moi je serai heureuse de lui donner cette marque
de
reconnaissance et d’affection.
Je compte sur toi, mon bon chéri, pour m’y
conduire bientôt.
Vous allez avoir un bien beau gilet de cachemire, vieux
scélérat. Je vous le ferai faire lundi. Dites que je ne suis pas bonne et généreuse,
car je ne vous demande rien pour ça que l’honneur de votre pratique au même prix1. J’aurai aussi, moi, un très beau manteau ou pelisse, ce qui ne me
sera nullement désagréable. Jour Toto, jour mon
cher petit o, je vous aime et je vous adore. Ne
venez pas trop tard souper ce soir, que j’aie le temps de vous voir un peu. Vous êtes
si fugitif depuis quelque temps que c’est tout au plus si je suis bien sûre que c’est
vous en personne que je vois tous les jours.
Juliette
1 Juliette apprécie tout particulièrement de repriser elle-même ou de faire coudre de nouveaux vêtements pour Hugo par son ouvrière Pauline (voir la lettre du 1er septembre 1841).
a « le plutôt ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
