« 20 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 23-24], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9570, page consultée le 05 mai 2026.
20 octobre [1835], mardi matin, 9 h.
Bonjour, mon bien-aimé, bonjour, mon Toto. Il fait bien noir et bien froid ce matin.
Pour peu que tu aies travaillé avant dans la nuit, tu auras dû souffrir beaucoup du
froid. C’est à quoi j’ai pensé chaque fois que je me suis réveillée et je tâchais
de
te réchauffer avec mon amour.
Je ne pense pas que ce soit un temps bien propice
pour rentrer du bois que celui qu’il fait aujourd’hui, mais en cela comme en tout,
je
suivrai ton avis et ta commoditéa.
J’espère que cette pauvre dame Martine1 va déjà mieux et que tu n’as plus aucune crainte à son sujet.
Moi, je voudrais te voir. J’ai besoin de te voir comme j’ai besoin de respirer, encore
plus car je ne me sens vivre qu’auprès de toi. Quel bonheur si mon corps ne se
séparait pas plus de toi que ma pensée. Je serais toujours avec toi, ce serait le
paradis ! Mais, mais…
J’en suis réduite le plus souvent à te regretter et à te
désirer.
C’est égal, je ne me plains pas. Je suis heureuse de tous les petits
moments que tu me donnes et je ne les escompterais pour les plus grandes richesses
de
la terre. Je suis heureuse car je t’aime et tu m’aimes.
1 Martine Hugo est la tante de Victor Hugo, veuve du major Francis Hugo. Elle occupa l’appartement de la Place Royale avec une domestique, Victoire, pendant l’absence de la famille Hugo qui séjournait aux Roches (Massin, t. V, p. 1346).
a « commoditée ».
« 20 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 25-26], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9570, page consultée le 05 mai 2026.
20 octobre [1835], mardi soir, 8 h. ½
Comme vous êtes gentil, mon cher petit Toto, d’être venu faire vos gribouillis auprès
de moi. Je vous en ai su bien bon gré. Je vous aime mon Toto ou plutôta je t’adore mon Victor. Je suis
heureuse de t’apercevoirb, de te
sentir auprès de moi. Je ne suis jamais triste que de ton absence. Je ne suis jamais
heureuse que de ta présence. Le reste de la vie m’importe peu et c’est tout au plus
si
je m’aperçoisc de la vie qui
n’est pas toi.
Il y a aujourd’hui huit jours que nous nous sommes bien
tourmentés l’un et l’autre pour des bêtises. Il y a aujourd’hui huit jours à la même
heure que nous nous sommes jetés dans les bras l’un de l’autre avec des transports
d’amour dignesd du ciel.
Je vois
avec joie s’avancer la fin de ton volume de poésie1
parce que j’espère qu’alors tu te reposeras et tu reprendras racine un petit moment.
Mon cher petit Toto, je t’aime ! Mon grand Victor, je t’adore ! Mon beau poète,
je vous admire.
Juliette
1 Hugo travaille à l’élaboration des Chants du crépuscule. Il terminera toutes les pièces du recueil avant le 25 octobre. Il rédigera la préface le 25 octobre. Deux jours plus tard, le 27 octobre 1835, le recueil est publié chez Renduel.
a « plus tôt ».
b « apercevoir ».
c « je m’apperçois ».
d « digne ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
