29 février 1840

« 29 février 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16341, f. 214-215], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9047, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour mon Toto chéri. Comment vas-tu mon petit homme ? Il fait bien beau aujourd’hui, c’est bien dommage que tu ne puissesa pas nous faire sortir. Je vais habiller Claire après le déjeuner, je voudrais qu’elle vît son père et j’en doute à cause de la lambinerie des Lanvin. J’ai passé une assez mauvaise nuit, moi, je crois que c’est l’absence d’exercice qui en est cause. Je suis comme les chevaux qui deviennent furieux si on les laisse trop longtemps à l’écurie. Je rueb, je m’emporte, je mords, je hennis, je prends le mors aux dents et puis je souffre beaucoup, voilà mon histoire. Je vais tâcher aujourd’hui de bien copier les vers que tu m’as demandés1 ? Je vois avec chagrin que Mlle Didine me surpasse dans l’écriture, malheureusement je ne vois pas de remède à cela si ce n’est d’aller à l’école et, dans ce cas, le remède serait pire que le mal. Enfin je vais bien m’appliquer. J’écrirai tantôt à la mère Pierceau en lui envoyant l’adresse de Furne2 que j’ai vue hier dans la presse ; depuis six semaines ce n’est pas malheureux. Mais je suis de l’avis de [Thierry ?] : vaut mieux tard que jamais. Baisez-moi toujours et tâchez de venir me voir bientôt, j’ai faim et soif de vous et je vous aime.

Juliette


Notes

1 Vers du recueil Les Rayons et les Ombres.

2 L’éditeur-libraire Charles Furne a publié en 1840 une édition de Notre-Dame de Paris en deux volumes in-8, illustrés entre autres de gravures hors texte de Tony et Alfred Johannot.

Notes manuscriptologiques

a « puisses ».

b  « ruee ».


« 29 février 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16341, f. 216-217], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9047, page consultée le 25 janvier 2026.

Au moment où nous arrivions Mme Pierceau allait sortir parce que son fils était pour deux jours chez sa cousine et qu’elle s’ennuyaita d’être seule chez elle. Du reste nous lui avons fait plaisir du moins à ce qu’elle dit. Il paraît qu’on n’ab pas donné La Calomnie1 hier parce que le Samson venait de perdre une de ses filles. Ce méchant homme éprouve la colère du bon Dieu comme s’il en était digne. Je ne sais pas d’autres nouvelles. Mme Pierceau vient de sortir pour tâcher de nous trouver un premier acte de dîner, j’espère manger le cinquième dans votre compagnie SUIVIc d’un ÉPILOGUE un peu soigné. Je suis bien contrariée que Lanvin n’ait pas eu l’argent et que Claire n’ait pas vu son père2 après tout l’ennui que j’ai eu hier à cette occasion le bon Dieu me devait bien cette compensation. Enfin il faut vouloir ce qu’on ne peut empêcher c’est encore le mieux et le plus sage. Toto vous êtes très i par derrière mais vous êtes beau et ravissant par devant, voilà mon opinion politique et littéraire. Sur ce, baisez-moi et tâchez de nous décrocher le plus tôtd possible de notre sixième étage. Quel bonheur nous soupons avec vous ce soir. Quel bonheur ! Baisez-moi encore. Toujours, toujours. Et puis soyez injuste, méchant, soupçonneux et faites-moi marcher dans la boue, je m’en fiche comme de l’an 40. Je vous aime.

Juliette


Notes

1 Comédie d’Eugène Scribe créée au Théâtre Français le 20 février 1840.

2 Le sculpteur James Pradier.

Notes manuscriptologiques

a « s’ennuiait ».

b  « a ».

c  « SUIVIE ».

d  « plutôt ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils voyagent sur les bords du Rhin.

  • JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
  • MaiLes Rayons et les ombres.
  • Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
  • 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
  • 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.