« 8 janvier 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16341, f. 28-29], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7461, page consultée le 25 janvier 2026.
8 janvier [1840], mercredi après-midi, 1 h.
Bonjour mon cher petit bien-aimé, bonjour mon adoré, bonjour mon Toto, comment
va ta carnation ? Je suis furieuse ce matin contre cette imbécilea de Suzanne qui m’a brisé la moitié de mon
ménage avec des airs de tranquillité et de stupidité qui font mal à voir. Enfin
voici ma première colère passée, la seconde n’est pas dangereuse. Il paraît que
Dabat viendra tantôt apporter ta
BAUTTE mais soyez tranquille je
surveillerai vos pas. En attendant ayez bien son de votre bobo, prenez garde de
ne pas tomber et mettez un habit sous votre paletot. J’ai peur que Mme Krafft
n’envoie demander son argent car je crois c’estb pour le 9 ou le dix de ce mois-ci qu’elle a fait un
billet. Cela me vexerait horriblement car nous le lui avions promis pour le 4
ou le 5. Pauvre bien-aimé, je te tourmente pour cette créance-là plus que pour
n’importe laquelle, tu comprends bien pourquoi ? Du reste j’aimerais mieux
avoir la liberté de ne t’en pas parler et de vendre des brimborions à moi. Cela
m’arrangerait beaucoup mieux et ne me tourmenterait pas autant.
Prends
bien soin de toi mon adoré. Le bobo guette ou est un indice d’échauffement et
de ce temps-ci cette prédisposition est une chose sérieuse à laquelle il faut
faire bien attention. Pense un peu à ce que je deviendrais, mon adoré, s’il
fallait que tu sois malade. D’y penser j’en suis triste jusqu’au fond de l’âme.
Ô je t’en prie, mon Toto chéri, ne te fatigue pas, soigne-toi et prends garde
d’avoir froid. Je baise tes chers petits pieds, mon amour, et je désire qu’ils
me ramènentc au plus
tôt toute ta chère petite personne ravissante. Il fait joliment froid ce matin,
je suis auprès du feu et j’ai la main droite engourdie, chien chien comme ça
pince.
Juliette
a « imbécille ».
b « c’est le ».
c « qu’il me ramène ».
« 8 janvier 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16341, f. 30-31], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7461, page consultée le 25 janvier 2026.
8 janvier [1840], mercredi soir, 5 h. ¼
Voici la nuit close, mon adoré, et je ne t’ai pas encore vu. J’ai cependant
bien désiré, bien espéré et bien hâté ton retour. Enfin ce n’est pas ta faute
ni la mienne non plus car tu es trop honnête pour me garder si tu ne m’aimes
plus et moi je t’aime de toute mon âme, ce qui est une attraction. C’est
peut-être aujourd’hui la pièce de Walewskia1 et sans
doute tu iras à la représentation ? C’est bien triste pour moi et j’aurai bien
de la peine à passer cette soirée tranquillement. M. Dabat a rapporté ta botte très bien
raccommodéeb, il promet
de t’en faire une paire pareille à elle d’ici à huit ou 12 jours. Il a apporté
sa note qui se monte à 66 F. dont 14 F. pour moi. Je lui ai dit qu’on paierait
le tout ensemble et voilà. Je vais faire de la charpie tout à l’heure. Je suis
triste, j’ai mal à la tête et bien de la jalousie et de l’inquiétude dans
l’âme. Pense à m’apporter de la copie, c’est le moyen de me distraire et de me
faire prendre patience. Voici qu’on ouvre la porte d’en bas, si ça pouvait être
toi ? Hélas non. La journée me paraît éternelle aujourd’hui, peut-être y a-t-il
dans l’air la pièce de Walewskic pour me la faire paraître plus longue et plus
insupportable qu’à l’ordinaire. Je ne te pardonnerais pas d’y aller sans
m’avoir vue. Oh ! Dieu ce serait abominable. Je ne veux pas y penser car c’est
affreux. N’oublied pas de
te bien vêtir sous ton paletot, le froid est si vif que tu t’enrhumerais sans
cette précaution. Viens me voir, mon bon ange ; et si tu peux, tâche de ne pas
aller à cette odieuse représentation à moins que ce ne soit avec moi.
Je
t’attends, mon cher petit bien-aimé, avec autant d’impatience que d’amour.
Ainsi tu jugese de l’état dans
lequel je suis ! Aime-moi mon Toto et sois fier de tant de tristesse et de
tourment qui sont de l’amour.
Juliette
1 Le comte Walewski, militaire et diplomate, passe pour être le fils naturel de Napoléon Ier. Le 8 janvier 1840 était donnée au Théâtre-Français une comédie dont il était l’auteur, L’École du monde ou la coquette sans le savoir.
a « Waleski ».
b « racommodée ».
c « Waleski ».
d « N’oublies ».
e « juge ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
