« 8 juillet 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16339, f. 85-86], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9399, page consultée le 01 mai 2026.
8 juillet [1839], lundi matin, 10 h. ¾
Bonjour mon cher petit bien-aimé. Encore RIEN ? C’est trop peu de chose en vérité.
À
quoi donc sert L’ARGENT et l’amour puisque ni l’un ni l’autre ne vous donne le désir
de coucher le quart d’une nuit avec moi ? Quand je n’ai pas d’argent vous ne venez
pas
pour m’en gagner, quand j’en ai vous ne venez pas pour ne pas me le faire dépenser
et
EN SOMME je passe ma vie et mon amour assez pauvrement, et le jeu n’en vaut pas la
chandelle que tu brûlesa et tes beaux
yeux adorés que tu uses toutes les nuits. Je suis un peu méchante ce matin, prends
t’en au besoin que j’ai de te voir et à la déceptionb sans cesse renaissante qui m’agace et m’irrite.
Je te sais bon gré, mon Toto, d’avoir fait semblant d’accepter avec plaisir les trois ou quatre machines que je te donne. Ça fait qu’une
autre foisc je chercherai encore
dans mes ZAILLONS sans crainte d’être refusée. Je regrette d’avoir redressé ta croix
puisque c’était un souvenir historique auquel tu tenais. Quant à moi j’ai cru bien
faire en la remettant dans son état naturel. Je vous aime mon Toto, je vous adore
mon
petit homme. Baisez-moi, aimez-moi et tâchez de me donner signe de vie le plus
tôtd possible.
Juliette
a « brûle ».
b « et la déception ».
c « autrefois ».
d « plutôt ».
« 8 juillet 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16339, f. 87-88], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9399, page consultée le 01 mai 2026.
8 juillet [1839], lundi soir, 7 h.
Nous verrons, mon cher petit prometteur, si vous me tenez parole ce soir. À vous dire
le vrai je n’y compte pas du tout, d’autant plus que le temps a l’air de se gâter
furieusement. Mais rien ne me sera plus égal que de ne pas sortir si vous venez passer
la soirée avec moi dans mon taudis. Vous saurez une fois pour toutesa, mon Toto, que rien ne m’est plus égal
que de ne pas aller chez la mère Pierceau.
Cette indifférence n’est pas une AMORCE pour vous engager à m’y faire aller mais la
pure et simple vérité. Aussi quand vous me refusez ne croyez pas que ça me cause la
moindre contrariété.
Je t’aime, toi, va. Je t’aime. Je serais la plus GEAIE des femmes si j’étais sûre de partir dans huit
jours avec toi pour six semaines dans une de ces magnifiques malles-posteb qui nous font tant envie. Oh ! si
j’étais à ta place ce serait bien vite fait. Malheureusement je suis à la mienne…
C’est fort bête. Voici un coup de vent comme celui d’hier au soir. J’ai été obligée
de
me lever pour rouvrir toutes les persiennes qui s’étaient fermées avec un rare
ensemble. Je ne m’étonne plus à présent si tu m’as promis de me faire sortir ce soir !
Toto est bien i. Je l’aime.
Juliette
a « toute ».
b « malle-poste ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
