« 19 février 1873 » [source : BnF, Mss, NAF 16394, f. 48], transcr. Maggy Lecomte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2278, page consultée le 04 mai 2026.
Guernesey, 19 février [18]73, mercredi matin, 8 h. ¼
Je t’ai vu mon grand bien-aimé et ma joie serait complète si je ne craignais pas que
ton bobo ne t’ait empêché de bien dormir toute la nuit. J’enverrai Suzanne tout à l’heure porter ton déjeuner et
savoir, si c’est possible, des nouvelles de ta chère santé. En attendant, je vois
avec
plaisir que le temps parait se fixer au beau ce qui te permettra de sortir tous les
jours et me permettra aussi de t’accompagner dans nos charmants petits sentiers
d’autrefois.
J’ai lu tout à l’heure la nouvelle et mélancolique préface de Marion de Lorme1 et je comprends qu’elle
ait douloureusement impressionné tes amis. Quant à moi, qui suis décidée à ne pas
te
laisser partir sans moi, je n’éprouve pas cette tristesse au même degré et je me
prépare sans trop d’émotion au grand voyage en t’aimant de toute mon âme. C’est ma
manière d’enlacer mon aile à ton aile le jour venu.
Je te remercie, encore une
fois, de l’honneur que [tu] veux bien faire à la famille Lanvin en lui écrivant de nouveau.
En même
temps je dois t’avertir que je vois poindre à l’horizon depuis quelques temps le désir
de Blanche de voir sa mère car elle
s’informe à droite et à gauche du prix d’un voyage en seconde classe de Paris à
Guernesey. Ce matin, en voyant l’admirable temps qu’il fait, elle me disait : « oh !
Si maman pouvait respirer ce bon air une couple de mois seulement je crois qu’elle
guérirait ! Quant à moi, a-t-elle ajouté, si Madame le permettait j’en ferais les
frais de grand cœur ». Je lui ai répondu que c’était une chose à mûrir et non à
improviser et que je lui en dirais mon sentiment plus tard. Bien entendu que je te
réserve de dire oui ou non dans cette grave question et que j’accepte ton verdict
d’avance. Je t’adore.
1 Hugo écrit une autre préface, expliquant les raisons de son absence à la reprise de Marion de Lorme.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils rentrent à Paris après la fin de l’écriture de Quatrevingt-treize. Épuisée par les infidélités de Hugo et le soupçon, elle disparaît quelques jours, pendant lesquels il est au désespoir. François-Victor, second fils de Hugo, meurt d’une tuberculose rénale.
- 10 févrierReprise de Marion de Lorme au Théâtre-Français.
- 1er juilletBlanche quitte Guernesey.
- 12 juilletBlanche revient secrètement.
- 21 juilletBlanche repart pour Paris.
- 31 juilletHugo et Juliette Drouet arrivent à Paris.
Blanche avoue à Hugo l’avoir trompé. Il lui pardonne. - 14 aoûtPaul Meurice est démis de ses fonctions de rédacteur en chef du Peuple Souverain par ses actionnaires. Le journal se sépare du Rappel, dont il était l’émanation.
- 19 septembreAyant découvert une lettre d’amour adressée à Hugo, Juliette fuit à Bruxelles.
- 26 septembreRetour de Juliette Drouet à Paris.
- 4 octobreAprès avoir loué pendant deux mois une petite maison à Auteuil, ils s’installent 55 rue Pigalle.
- 26 décembreMort de François-Victor Hugo, de la tuberculose.
- 28 décembreEnterrement de François-Victor au Père-Lachaise.
